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Le Triathlon LD de Bandol, est à la fois ma dernière course de la saison et aussi ma première victoire en 2017 sur le format longue distance… comme quoi tout vient à qui sait attendre.

J’abordais la course une semaine après avoir participé au NatureMan (le CR de ma course). La récupération a été bonne même si la semaine a été light en sommeil pour diverses raisons, les jambes ne sont pas lourdes et les chronos en piscine étaient assez encourageant.

Race Day

Natation de 2000m, avec une sortie à l’australienne à mi-parcours. Parmi tous les « favoris » du jour, je suis surement le meilleur nageur, ou plutôt le moins mauvais (je ne me considère vraiment pas comme un nageur, vu la pilule que je prends quand des « vrais nageurs » sont là). Ma mission était simple, creuser le plus d’écart avec les ubber-bikers qui allaient revenir de l’arrière. Ça c’était le plan. Dès le départ, je me sens « poussif », les bras ne répondent pas, je n’arrive pas à me concentrer, je nage en zigzag (désolé pour tous ceux que j’emmenais dans mes pieds, je vous ai un peu fait visiter la baie de Bandol). Je perds contact avec le groupe de tête dès la première bouée et n’arriverais jamais à me faire suffisamment mal pour recoller. Je serai en chasse patate pendant 1700m, en essayant de limiter la casse. Les bras étaient là, mais ma tête n’avait pas fini sa nuit. Je sors finalement avec 1’45 de retard en 6ème position, avec la sensation de ne pas m’être encore réveillé. Comme lors d’un entrainement à jeun, mon cerveau ne voulait pas que je me fasse mal, que je me rentre dans le ventre.

Je fais une Transition 1 à l’image de la natation : surtout pas trop vite !!! Je sais aussi que la course ne commence que maintenant. Avec un parcours vélo long de 97km et proposant 1800m d’ascension, c’est sur 2 roues que la course va se jouer. 
On repart à zéro, même stratégie qu’en natation, remonter sur la tête de course le plus vite possible et espérer que les gros rouleurs reviennent le plus tard possible. Je savais que le vainqueur de l’an passé, Alexandre Blain, cycliste professionnel, ferais un gros effort à vélo pour poser en tête avec le plus d’écart possible. La semaine précédente, au Natureman, nous rentrions ensemble dans le parc à vélo. Avec une natation assez mauvaise et un parcours plus exigeant, que je ne connaissais pas je savais qu’il me reprendrait avant la fin de la boucle cycliste, la question était juste de savoir quand. 
Le parcours cycliste, justement, est composé de 2 boucle de 48,5km, alternant portions roulantes, bosses plus ou moins longues, avec des pourcentages variés, et quelques parties techniques.

Ne connaissant pas le parcours, j’avais prévu de gérer ma première boucle et d’ajuster ma stratégie afin de rouler plus vite sur la seconde boucle sans forcément faire plus d’effort. 
Les sensations sont assez bonnes sans être exceptionnelles, je reprends les athlètes devant moi un par un et je prends la tête de la course au bout d’une heure de vélo. 10 secondes plus tard Alexandre Blain me double comme une fusée. Je prends un vrai courant d’air et je me demande même si je n’ai pas attrapé froid par l’occasion. Il avait roulé 5’ de mieux que moi au NatureMan et ne m’avais repris qu’au kilomètre 92. J’étais au kilomètre 45. S’il me double au bout d’une heure de vélo, soit je roule comme un papi, soit il roule à tombeau ouvert ! Je prends un premier coup au moral de le voir revenir si vite, même si les watts étaient là, je n’étais pas vraiment dans mon effort, la tête un peu ailleurs, pas focus comme je le suis d’habitude prêt à en découdre. A partir de ce moment ça a été une vraie bataille pour trouver la motivation de se faire mal aux jambes, de continuer à appuyer fort sur les pédales alors que je savais que je poserai le vélo à des années-lumière. Je savais que ça arriverait, mais je m’étais préparé à le voir revenir vers le kilomètre 75/80. J’étais prêt à poser le vélo avec 1’ à 2’ de retard sur lui. Vu la situation j’étais parti pour finir le vélo avec 5’ de retard, minimum. J’essaye de m’accrocher, de très loin. Nous passons par une portion de route en travaux. Le briefing mentionnait une obligation de passer « pied à terre » sur cette section, avec contrôle d’un arbitre. Pied à terre, voulant dire pied à terre, je déchausse mes 2 pédales descends de mon vélo et commence à marcher pour passer la zone « accidentée ». L’arbitre me dit alors que c’est « juste pied à terre », pas besoin de descendre. Je ne sais pas pourquoi mais à ce moment-là je commence à discuter avec elle et lui expliquer que le briefing était mal fait, qu’ils auraient dû mettre juste « marquer l’arrêt »… Bref je suis sorti de ma course ! Un transat et un café et je restais là le reste de la journée. Je remonte sur mon vélo et repars. Les quelques kilomètres suivants sont assez techniques, et lorsqu’on ne les connait pas, on passe son temps sur les freins. Je passe de 10 secondes de retard à 1’30 en 5km… Oui oui, je me suis promené sur cette section. J’arrive encore à fournir un effort dans la dernière bosse de la première boucle et la première bosse de la deuxième boucle, mais je sens que c’est poussif. Les jambes sont là mais pas l’envie. Je commence à avoir des pensées négatives, à me demander ce que je fais là, que j’ai déjà fait une très longue saison, que c’est surement la course de trop, que je vais faire une faute et chuter, ou me blesser… Bref, je plonge tranquillement. Mon pédalier fait un crissement permanent, je ne sais pas d’où ça vient. Ça m’énerve. J’hésite à m’arrêter pour regarder, mais vu la motivation, je serai capable de ne jamais repartir. Je me dis que c’est surement un peu de boisson iso qui a coulé et les petits bouts de sucres font un crissement. Dans le pire des cas tout se bloque et je serai finalement contraint de m’arrêter… Est-ce que c’est une si mauvaise nouvelle en soit ?
Le dossard 62 me rattrape quelques kilomètres plus loin. Le voir me dépasser m’a redonné la rage et l’envie nécessaire de me battre. Je le connais, je sais que c’est un très bon cycliste et surtout un grimpeur. Hors de question de le laisser filer. Je le laisse faire l’allure en bosse, en essayant de ne pas trop faire le yo-yo derrière, entre 15 et 50 mètre, on ne gère pas notre effort exactement de la même façon. Il est meilleur descendeur que moi aussi et je perds du terrain dans toutes les descentes et relance. Je passe cependant devant sur les parties roulantes car c’est mon terrain de jeu.

Ayant cette fois-ci connaissance de la boucle, je touche beaucoup moins aux freins, tout se passe de façon plus fluide et je gère nettement mieux mon effort. J’accélèrerai au kilomètre 90 et je poserai finalement le vélo avec une trentaine d’avance sur le dossard 62.

Les jambes sont légèrement fatiguées, mais tout de même plus fraiches qu’au Natureman. Je pose le vélo en 2h42, 295 Watts de puissance moyenne pour 71kg (313W de Normalized Power). C’est mon meilleur effort à vélo sur un effort aussi long, preuve que le travail cette année a porté ces fruits. Mais je suis tout de même à 4’10 d’Alexandre Blain qui a fait un numéro à vélo, et me colle 8’. Ça montre la marche de progression qu’il me reste pour se rapprocher des meilleurs dans cette discipline. On parle tout de même d’un cycliste professionnel. 4’10 de retard. Je calcule rapidement si j’ai mes chances de remonter. Il faut que je cours presque 15 secondes au kilo plus rapidement que lui si je veux avoir une chance de passer cette arche d’arrivée en première place. Je sais que ça peut passer mais que je n’ai pas le droit à l’erreur. 
Je décide de partir sans chaussettes pour gagner 10 petites secondes lors de la transition. Je sais que je vais finir les pieds en sang, bien avant même la fin du parcours pédestre, mais comme c’est la dernière course de la saison ça n’a plus trop d’importance.

Je découvre le parcours de course à pied au fur et à mesure que je cours. Il est composé de 3 boucles de 6,7kms. Un parcours bien casse-patte avec beaucoup de marche, et de courtes bosses très raides qui m’obligent à marcher à de nombreuses reprises. J’essaye de maintenir une bonne allure de relancer dès que je le peux tout en retardant au maximum l’arrivée des crampes que je sens venir. Ma montre ne captera jamais le signal GPS et je ferai tout aux sensations, à l’écoute de mon corps, de mes muscles qui font mal et de mon rythme cardiaque. Le but étant de garder un équilibre précaire en permanence pour avancer le plus vite possible sans exploser. 
Je croise Alexandre lors de la première boucle. Il a l’air bien et je n’ai aucune idée de l’écart. Au ¾ de la première boucle on me donne enfin un écart. Je ne suis plus qu’à 2’30. 1’30 de récupérer en 6kms, je suis sur de bonnes bases et ça doit pouvoir fonctionner.

Autant mon état d’esprit à vélo était véritablement catastrophique, autant pendant ce semi-marathon, j’ai retrouvé l’envie de me battre jusqu’au bout, de me faire mal, d’aller titiller la limite de l’implosion en permanence. Et ça tombe bien car ce parcours s’y prêtait bien. Je croise Alexandre sur l’aller-retour une nouvelle fois sur le port, l’écart à encore réduit. Je commence à être pris de crampes dès que la route s’élève et je suis obligé de me tenir à la rambarde lorsqu’il s’agit de gravir les marches. J’essaye de me relâcher au maximum en descente, de maintenir une bonne allure sur les parties plates et d’adopter la foulée la moins contraignante possible lors des montées, c’est-à-dire la marche. Je croise pour la seconde fois Romain Garcin et François Reding qui m’encourage, merci les gars !! L’écart ne semble pas avoir bougé par rapport au premier tour, et ce sont tous les 2 des bons coureurs, ça me rassure un peu. Il commence à faire vraiment chaud, très peu de vent et une bonne partie du parcours en plein soleil. Je ralentis à chaque ravitaillement pour m’asperger d’eau et m’hydrater.

Lors de la fin de la seconde boucle j’ai enfin Alexandre en visuel avec le vélo ouvreur. C’est alors très tentant d’accélérer pour revenir le plus vite possible, et je le fais même naturellement. Je me force alors à ralentir, enfin à ne pas accélérer, pour ne pas exploser avant la fin de la course, il reste encore 8kms à parcourir et je suis vraiment à la limite d’avoir les jambes tétanisées. Je le passe finalement à 500m de la fin de la seconde boucle, sur une section plate, qui correspond bien à ma foulée et où je peux dérouler sans forcer. J’ai les pieds en sang, plus de peau au niveau des orteils et derrière le tendon d’Achille. J’avais oublié à quel point ça piquait. J’essaye de débrancher le cerveau, ne pas penser à cette douleur et me concentrer sur les autres douleurs, celle de tous les muscles de mes jambes qui commencent à en avoir marre. Chaque foulée devient un petit supplice. J’accélère légèrement afin de passer Alexandre, le félicite rapidement pour son effort à vélo incroyable. J’essaye de garder l’allure y compris dans les bosses, je crampe à plusieurs reprises, m’arrête, me masse, et repars fort pour creuser l’écart rapidement. J’arrive à créer un écart d’une minute assez rapidement. Je sais que c’est suffisamment loin derrière pour que ça ne revienne pas si je maintiens cette allure de « presque confort ». Je gère mon effort sur la fin de la boucle, et je peux commencer à savourer à 3km de l’arrivée. Je termine ces 19km de course à pied en un peu plus de 15kmh malgré 300m de D+, des passages sur la plage, des marches et du trails. 2ème temps de la journée. Je franchis la ligne avec 2min20 d’avance.

Sitôt la ligne passée, sitôt la crampe arrivée, pas le temps de retirer ma puce à la cheville que je suis par terre avec la cuisse gauche qui tremble dans tous les sens. Il était temps qu’elle se termine cette saison 2017. Même si le déroulement de la course est loin d’être parfait, que je suis persuadé de pouvoir faire mieux, compte tenu de la fatigue, physique et mentale, une victoire dans ces conditions ça ne se refuse pas. 
J’ai déjà plein d’idées d’axe de travail pour l’année prochaine. Et même si pour les semaines à venir c’est coupure hivernale pour recharger les batteries, j’ai hâte de remettre un dossard l’année prochaine !!!

podium bandol

Merci à tous pour les encouragements sur le parcours, aux bénévoles et à l’organisation !! 

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