Me voilà de retour sur le lieu où tout a commencé. En effet, c'est ici même que j'étais devenu triathlète l'année dernière en finissant le longue distance de l'Alpe d'Huez comme 1er triathlon.

Une année est passée et j'ai rejoint le RCA Triathlon depuis. Je me suis bien entraîné toute l'année et j'ai globalement progressé dans les 3 disciplines. Je me suis également aligné sur quelques épreuves de triathlon, duathlon et course à pied cette saison qui ont validé mes progrès et ma forme.

Cette année, le longue distance de l'Alpe d'Huez n'est pas mon principal objectif de la saison. Je profite de nos vacances dans les Alpes à La Grave pour prendre un dossard et participer à ce triathlon qui compte beaucoup pour moi.

C'est donc avec une relative confiance et une absence de pression que je pensais m'aligner sur cette épreuve. Je récupère mon dossard le mardi midi avec tout le package compris.

Une fois le dossard remis, on peut considérer que la course démarre et que la pression a tendance à nettement s'accentuer.

On est jeudi matin : levé 6h00 pour le petit-déjeuner puis une petite heure de route pour rejoindre le lac du Verney. La température de l'air est encore fraîche mais le ciel est dégagé et les conditions météo sont bien meilleures que les jours précédents. La température du lac est annoncée à 15,7°C. C'est frais mais pas si terrible que les 14°C initialement prévus... Je m'installe dans le parc à vélo, enfile ma combinaison et me dirige vers la mise à l'eau. Il est 9h15 et le départ sera donné dans 15 minutes. Je pense être largement dans les temps mais la mise à l'eau est tellement compliquée et longue que je me retrouve comme l'année dernière loin de la ligne de départ lorsque le signal retentit et lâche les 1000 participants. C'est toujours frustrant de se retrouver avec 100 ou 150m de retard sur les premiers alors que la natation est déjà mon gros point faible.

Bref, il est 9h30 et c'est enfin parti ! J'ai un peu de mal à me mettre dans le coup, sans doute le stress lié à cette grosse journée qui m'attend. Je tente de respirer sur 3 temps mais impossible de trouver mon rythme. Je passe donc sur 2 temps temporairement pour être à l'aise... mais décidément je n'y arrive pas. Quelle frustration d'avoir passé des dizaines d'heures à nager ces derniers mois pour finalement être en échec le jour j ! Je suis envahi de pensées négatives tellement la déception de ne pas nager correctement est forte. J'arrive quand même à passer au dessus de tout cela en me disant que je vais devoir sortir de l'eau au courage et me défoncer sur le vélo et la course à pied.

Autre erreur de ma part : le choix des lunettes de natation. J'ai choisi mes lunettes non teintées pour éviter le sentiment de « trou noir » lorsque je nage, mais finalement je ne vois absolument rien lorsque j'ai le soleil face à moi. Je boucle tant bien que mal le 1er tour et le 2ème tour se passe plutôt pas mal. Malgré les soucis rencontrés, je suis au cœur d'un petit peloton de plusieurs dizaines de nageurs et à chaque bouée je peux apercevoir du monde derrière mois. C'est toujours ça, au moins je ne suis pas complètement largué comme l'année dernière !

Je pense avoir fait le plus dur lorsque je passe la dernière bouée et qu'il ne reste plus que 400m environ mais je suis pris de crampes terribles aux niveaux des ischios droits. Je tente tout ce que je peux pour faire passer ces crampes et je ne peux plus bouger la jambe droite. Il doit rester 200m à peine mais je vais mettre une éternité à les couvrir.

Je sors enfin de l'eau mais je suis glacé. Je ressens toujours cette gène au niveau de la cuisse droite et je me demande comment je vais pouvoir encaisser cette grosse journée qui m'attend. Mon temps est franchement décevant (52'35'') et ma 775ème place n'est pas terrible. Je prends du temps sur cette transition pour me remettre les idées en place mais j'avoue que le moral en a pris un coup.

Je monte enfin sur le vélo et la 1ère partie du parcours est simple et pas franchement intéressante avec ce long faux-plat descendant jusqu'à Séchilienne. J'avais prévu de démarrer cette section tranquillement mais j'ai tellement froid sur le vélo que je mets des watts pour réchauffer mon corps. C'est plutôt efficace car je remonte quelques coureurs et je me réchauffe un peu. Arrive la 1ère difficulté du jour avec l'Alpe du Grand-Serre et ses 15kms à 6,6% de moyenne. Le genre de col relativement simple avec une pente régulière et aucun passage difficile. Je monte assez facilement en surveillant attentivement mon cardio pour ne pas griller mes forces. Je double beaucoup de monde, c'est grisant et c'est bon pour le mental après ce début de journée difficile. Autre très bonne nouvelle : je ne ressens aucune douleur sur ma cuisse droite qui souffrait de crampes lorsque je nageais.

Un ravito rapide au sommet puis une courte descente pas trop technique à enchaîner avec un faux-plat descendant qui nécessite quand même d'appuyer sur les pédales.

Arrive tout de suite la 2ème difficulté avec le petit col de Malissol : 3,5kms à 6%. Pas trop difficile non plus, c'est assez vite avalé. J’enchaîne avec la descente rapide et un peu plus technique puis vient la partie que je n'aime pas trop entre La Mûre et Valbonnais. Il n'y a pas de difficulté majeure mais le parcours fait de longues pentes à 2 ou 3% est épuisant.

Le ravito de Valbonnais est le plus important de la journée car il est 13h30 et il faut prendre des forces avant les grosses difficultés qui vont se présenter. J'essaie de bien manger mais je n'ose pas prendre d'alimentation consistante (jambon, fromage, saucisson...) car j'ai peur de ne pas savoir digérer tout ça. Je me contente donc de bananes, fruits secs et autres biscuits apéritif salés. Avec le recul, je pense que j'ai fait là une très grosse erreur que je vais regretter quelques heures plus tard...

J'attaque donc la 3ème difficultés du jour avec le col d'Ornon dont les 10 premiers kms sont longs et pénibles avec des pentes à 3% de moyenne. Le genre de route qui se passe habituellement sur la plaque, mais la raison m'oblige à lever le pied et à réduire le développement, quitte à mouliner un peu par moment. Les 5 derniers kms sont plus intéressants avec des pentes à 7% sous une chaleur qui commence vraiment à s'installer. Ce n'est pas la canicule mais l'exposition plein sud et le ciel complètement dégagé laissent entrevoir une ascension de l'Alpe d'Huez sous la chaleur. Je ne vais pas me plaindre car ce genre de conditions météo me convient bien.

Je saute le ravitaillement au somment d'Ornon pour privilégier celui prévu à Bourg d'Oisans une fois la descente terminée. Je prends quelques risques dans cette descente technique et rapide et ça paye. Je ne mets pas un coup de pédale mais j'arrive à dépasser plusieurs coureurs dans cette descente.

Petit ravito à Bourg d'Oisans puis traversée de la ville et ses nombreux supporters avant d'attaquer LA partie difficile du parcours, à savoir la montée mythique de l'Alpe d'Huez. Il est tout juste 15h00 lorsque je me présente face à la 1ère rampe si impressionnante et les 21 virages qui suivent. J'ai beau connaître cette montée presque par cœur, il y a toujours cette appréhension face à la difficulté qu'elle représente. L'atmosphère est pesante, on échange quelques regards avec les coureurs autour de moi, comme pour se souhaiter bonne chance. Car à partir de maintenant, c'est chacun pour soi.

Cette année j'ai décidé de prendre des risques sur l'Alpe en ne m'arrêtant que sur 1 ravitaillement sur les 2 proposés. On verra si ça marche... Le début de l'ascension se passe plutôt bien, je compte les virages les uns après les autres en sachant qu'une fois à La Garde le plus dur sera passé. Je suis sur mon développement favori en montage (34x25) et je ne pioche pas trop. Je dépasse beaucoup de monde et j'apprécie les très nombreux encouragements que je reçois du bord de la route.

J'arrive au ravito de La Garde et je ne m'arrête pas. Je prends simplement 2 bidons à la volée et je continue ma route. La pente s’adoucit quelques peu, j’enchaîne les virages toujours sur un rythme correct et le 2ème ravito est déjà là. Même technique : je ne m'arrête pas mais je renouvelle mes 2 bidons pour avoir plus de fraîcheur. Je suis bien et j'arrive à maintenir ce rythme qui me permet de doubler beaucoup de monde. Je ne compte plus les coureurs que je dépasse et qui sont pratiquement à l'arrêt, voire pour certains qui ont mis pied à terre.

Je traverse le village d'Huez et je sais que les derniers lacets vont être plus difficiles. Il y a un peu de vents qui complique les choses mais surtout une route qui redevient pentue. Dernier virage, la rampe qui me mène dans la station est pleine de supporters de toutes nationalités qui nous encouragent. Quel plaisir ! Je me laisse griser par cette ambiance et je relance en danseuse comme si la course s’achevait au sommet... Nouvelle erreur !

J'arrive sur la zone de transition pour poser mon vélo et je m'aperçois qu'il y a déjà beaucoup de monde. Je connais le niveau très élevé des participants à cette épreuve mais ça me met tout de même un léger coup au moral de voir tous ces vélos qui me devancent alors que j'ai l'impression d'avoir bien roulé. Il est désormais 16h12 et j'ai bouclé la partie vélo en 5h38'56'' avec le 372ème temps. Je suis désormais 438ème en ayant remonté 337 places sur mon vélo. J'ai réussi l'ascension de l'Alpe d'Huez en 1h12'36'' avec le 142ème temps sur ce segment.

Reste à savoir comment je vais pouvoir courir maintenant...

Je pars plutôt bien et je suis rassuré par l'état de mes jambes. Je ne ressens pas de grosse fatigue et je devrais pouvoir courir très correctement. C'est d'ailleurs ce que je fais sur les 3 ou 4 premiers kms avant d'être pris de douleurs au niveau du ventre. C'est la 1ère fois que je ressens ce type de problème en course et je ne sais pas trop comment gérer ça. Je continue à courir malgré la douleur mais mon rythme faiblit. Je termine quand même la 1ère des 3 boucles en un très correct 34'50'' mais les sensations ne sont pas bonnes. Je n'arrive plus à rien avaler hormis quelques gorgées d'eau et je sens mes forces m'abandonner. J'entame le 2ème tour et je ne suis vraiment pas bien. Les encouragements de ma famille me remontent le moral mais je sais que ça va être difficile de terminer. Il me reste encore 13 kms d'un parcours accidenté et j'ai la tête qui tourne. J'ai par moment cette drôle d'impression d'être semi-conscient et de ne pas me rendre compte de la situation. Malgré tous ces problèmes je ne marche pas, je poursuis sur un rythme médiocre en me demandant si je vais y arriver. Je boucle ce 2ème tour en 38'09'' et j'ai l'impression de ne plus avancer.

J'arrive tout de même à trouver quelques motifs d'espoir en me disant que mon rythme est plus rapide que l'année dernière. Je m'accroche encore et je démarre le 3ème et dernier tour. Cette fois il n'y a plus de calcul à faire, d'ailleurs ça fait un moment que je ne regarde plus ma montre de peur d'être démoralisé. Je passe la 1ère partie difficile du parcours puis j'arrive au demi-tour sur la route de Sarenne. Il ne me reste plus que 3 kms environ et une seule difficulté. À ce moment précis, je retrouve le sourire car je viens de prendre conscience que j'allais y arriver. Je serai finisher même si je dois souffrir sur les dernières portions du parcours. Je passe la côté au courage puis j'entame la descente qui nous mène au cœur de la station pour l'arrivée. Je retrouve tout mon moral, j'ai l'impression d'avoir les jambes de feu lorsque je récupère le 3ème bracelet qui donne le droit d'accéder à la ligne d'arrivée. Dernier virage à gauche, je cherche mes enfants mais ils n'ont pas eu droit de m'accompagner sur la ligne d'arrivée cette année.

Je tape dans la main de tout le public qui entoure la ligne d'arrivée et je savoure pleinement ma réussite. J'ai quand même réussi à courir ces 20 kms en 1h53'14'' avec le 165ème temps et 65 places gagnées sur cette discipline. Je suis d'ailleurs surpris d'être « si bien » classé sur la course à pied car mes sensations étaient très mauvaises et mon incapacité à m'alimenter m'a totalement épuisé. Je suis très loin de mes chronos sur semi-marathon sec mais je m'en suis sorti.

Mon temps total sur ce triathlon est de 8h36'05'' soit une amélioration de plus de 32 minutes par rapport à l'an passé. Je suis fier de moi et très ému une fois la ligne d'arrivée franchie. Je retrouve ma famille qui m'a soutenu toute la journée et qui m'a beaucoup aidé dans les moments difficiles de la course à pied. Au-delà du temps et de ma place (373ème du général) qui restent anecdotiques, je suis surtout fier d'avoir réussi à terminer ce triathlon en allant chercher des ressources que je n'imaginais pas lorsque j'étais en pleine souffrance. Je n'exagère pas lorsque je dis que je n'avais jamais autant souffert sur une compétition en étant si proche de l'abandon !

Place désormais à la récupération avec un massage de 25 minutes dispensé par les ostéos et kinés bénévoles qui s'occupent si bien de nous. Un grand merci ! Puis la cérémonie de clôture avec les podiums, les jeux et les tirages au sort dans une super ambiance.

Il est 20h30 lorsque nous regagnons la voiture. Nous avons une grosse heure de route que je passe au téléphone avec mes parents et des amis pour leur raconter cette fameuse course.

J'ai tenté d'analyser cette course dans les jours qui ont suivi en prenant un peu de recul et je me suis souvenu de conseils que plusieurs gars expérimentés du club m'avaient donnés cette année. Ils m'avaient dit que le plus difficile n'est pas le 1er triathlon, car le simple fait d'être finisher est un motif de satisfaction. Non, le plus difficile pour les compétiteurs, ce sont les triathlons suivants car on tente toujours d'améliorer sa performance. Et bien je me reconnais pleinement dans ces conseils car l'année dernière j'étais heureux d'être finisher de mon tout premier triathlon en 9h08'00''. Et même si j'avais dû mettre 10 ou 11 heures, j'aurais été fier de tout simplement terminer. Mais cette année je me sentais fort et confiant, ce qui m'a fait prendre des risques en attaquant sur la parie vélo (notamment l'ascension de l'Alpe) et en partant vite sur la course à pied. Je me suis mis dans le rouge et la mauvaise gestion de mon alimentation a failli me mettre KO. Bref, j'ai touché de près mes limites et j'ai beaucoup de chose à retenir de cette course pour me permettre d'être meilleur sur les prochains triathlons longues distances que je vise.

Mais pour conclure, le plaisir et la fierté d'avoir bouclé ce triathlon magique l'emportent sur toutes les souffrances rencontrées pendant cette longue et belle journée.

Je ne remercierai jamais assez ma famille qui m'accompagne sur les courses et me soutient toute l'année. Leur présence et encouragements pendant la course à pied m'ont permis de repousser certaines limites.

Mais aussi tous les copains du RC Arras Triathlon avec qui je m’entraîne au sein d'un super groupe. Et enfin, je remercie l'organisation de l'Alpe d'Huez avec ses bénévoles et son staff médical qui prennent soin de nous pendant toute la semaine,

J'aime le triathlon, vivement ma prochaine course avec Gérardmer le 2 septembre prochain !!

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