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Lors d’un duathlon de début de saison, un ami me proposait de l’accompagner à La Réunion à l’occasion d’un séjour dont une épreuve bien singulière serait le climax. L’enthousiasme qu’il montrait à me présenter la première édition de cette course m’avait pénétré. 8 mois plus tard, je débarquais sur  « l’île intense ».

Le Volcanik Tri, ou Triathlon des Laves, a tout pour devenir une référence mondiale. L’inscrire au calendrier mondial est d’ailleurs un objectif clairement avoué de son organisateur. L’épreuve est bel et bien authentique mais on pourrait faire le rapprochement avec Hawaii (par exemple pour les conditions météos, notamment la chaleur et l’hygrométrie, les paysages de laves, d’océan et de flore tropicale), le triathlon LD de l’Alpe d’Huez (le dénivelé à vélo et la terrible ascension finale, la course à pied en altitude), un peu de Lanzarote aussi. Bref, que ce soit sur les scènes pittoresques ou sur les difficultés à avaler, le tracé du parcours en impose parmi la myriade de triathlons sur la planète.

Le potentiel est bien présent pour que l’événement se développe rapidement, devienne pérenne et soit l’équivalent du Grand Raid en trail ; à savoir une épreuve hors catégorie avec un engouement massif non seulement à La Réunion mais aussi dans le reste du monde. Pour cela, l’organisation devra notamment jouer avec les dates dans le calendrier de manière à trouver la formule pour contenter une participation allant des Européens aux athlètes de l’hémisphère sud en passant par les locaux.

6 tours (3 sorties à l’australienne) pour un total de 3000 mètres de natation sans combinaison dans une eau à 28°C dans le lagon de Saint-Pierre à jouer au milieu des coraux. Une fois sorti du jacuzzi, 120 km de vélo pour un total de 3000 m de dénivelé positif à travers le Sud et l’Est sauvages de l’île, d’abord en bord de mer puis dans les coulées de lave et enfin une ascension finale depuis le niveau de la mer jusqu’à 2100 m d’altitude sur les crêtes du cratère. Et pour rendre cette journée encore un peu plus intense, une originalité de plus : 23 km de trail technique culminant à 2500 m d’altitude (800 m de D+) au Volcan dans une atmosphère d’un autre monde.

Dès la conférence de presse, le ton est donné : en raison du parcours pédestre atypique dans un milieu hostile, du matériel est obligatoire : lampe frontale, coupe-vent, couverture de survie, sifflet, poche d’eau. Encore une fois, la Diagonale des Fous n’est pas loin. On en emprunte même une partie. L’organisateur a décidé de fixer le départ à 5h30 du matin au lever du soleil pour arrivées prévues jusqu’à minuit, le soleil se couchant à 19h… Nous voilà prévenus : nous avons rendez-vous avec la nature et le défi et nous sommes des aventuriers sur une course nouvelle. Élites ou amateurs, des éléments viendra la difficulté mais aussi le salut, les Guerriers de la Lumière…

 La course

natation 3

Samedi 3 décembre 2016. 3h30 du matin, le réveil au milieu de la nuit annonce une journée à sensations. Du parc à vélo se dégage un esprit plus léger qu’à l’accoutumée sur ce genre de course, les visages sont moins fermés. Peut-être est-ce dû à l’art et la douceur de vivre que l’on trouve ici ainsi qu’au caractère bienveillant et avenant du peuple réunionnais.

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On dit souvent qu’un triathlon ne se gagne pas en natation mais peut s’y perdre. Ce ne sera pas le cas cette fois ici. La natation m’est personnellement pour une fois un moment agréable, serein. 50 minutes plus tard sur la plage en sortant de l’eau, la chaleur humide commence à se manifester. 10 minutes me séparent de l’homme de tête, Guillaume Jeannin. Dès les premiers kilomètres, je me régale à « watter » en position aéro ou en danseuse (le profil du parcours sur la première partie est très trompeur : ça n’est jamais plat !). Cependant, j’enroule et je tourne bien les jambes. Je me sens bien, j’observe mon environnement et me délecte des sensations de vitesse de mes pneus au contact d’un bitume de très bonne qualité. Je pense à m’alimenter en gels et barres très régulièrement. Bref, je suis en contrôle et ça me plaît. Les 80 premiers kilomètres de vélo sont donc une partie de plaisir parmi toute la diversité et la richesse faunistique, géologique, culturelle qu’offre cette montagne dans l’océan.

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Certes, les routes ne sont pas fermées et il faut parfois prendre son mal en patience gêné par des voitures mais il est sécurisé par des bénévoles et c’est bien là l’essentiel : protéger les athlètes. L’insularité amène également son lot de particularités quand il s’agit d’organiser une course, il faut parfois tout reprendre à zéro par rapport à la métropole. Rien à voir avec une organisation Ironman, sans jugement de valeur.
Au milieu des champs de cannes à sucre et des litchis, peu avant le pied de l’ascension du volcan mais en ayant tout de même grimpé et descendu 1000 m en 80 km, je rattrape Guillaume Jeannin. Il semble heureux de trouver un compagnon d’aventure. On discute un peu, puis un peu moins dès les premières pentes. Sur mon rythme, je passe en tête à l’occasion de la longue montée qui nous offrira encore une overdose de routes majestueuses et une indigestion de panoramas à tomber de son vélo. Je m’amuse bien avec les photographes et les spectateurs, mesure ma chance d’être en tête d’une si belle course mais aussi la responsabilité, la pression que cela ajoute.
Dans les derniers kilomètres, je relâche l’effort (sur des pentes supérieures à 10% à 2000 m d’altitude, ce n’est pas si facile), pas tellement pour préparer la course à pied mais pour mieux apprécier le milieu dans lequel j’évolue et le public.

Mon vélo sur STRAVAhttps://www.strava.com/activities/792396710

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Arrivé à T2, l’euphorie de l’altitude s’entremêle avec les sensations d’un corps peu coopératif pour la course à pied. Les premiers kilomètres se font dans une raideur globale proche de la crampe généralisée dans des pentes terribles et une technicité qui accroît ma fascination pour les spécialistes du trail. Mon allure me paraît minable et pourtant je réaliserai le meilleur temps à pied avec une moyenne record de même pas 10 km/h. Toute la difficulté intrinsèque de cette course pourrait être résumée par ce chiffre.
Tout au long de l’épreuve, la puissance des éléments n’a fait que croître. Eau, air, terre et feu sont omniprésents ici. Ils peuvent être sans pitié, rendre humble et minuscule, être le point de rencontre de notre véritable esprit. Et accessoirement, ils donnent de magnifiques clichés !

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Les descentes sont toutes aussi usantes physiquement et mentalement. La terre rouge du cratère de la Plaine des Sables puis l’ascension jusqu’à l’oratoire Sainte-Thérèse nous transportent à quelques 75 millions de kilomètres sur Mars, seuls au monde. Le brouillard mystique présent par endroit depuis 9h du matin annonçait le déluge qui allait s’abattre à partir de mon arrivée 4h plus tard et jusqu’à la tombée de la nuit. Sur les derniers kilomètres en descente (toujours aussi technique), l’émotion est grande. Au-delà la victoire, c’est bel et bien cette aventure originale, partagée avec celles et ceux qui s’élancent sur le trail et que je croise, qui remplit le cœur de bonheur. J’essaie d’avoir un mot pour tout le monde, les bénévoles, les spectateurs et surtout de donner un peu de mon énergie aux camarades à qui il reste quelques heures d’un sacré morceau de bravoure et de rencontre de soi.
La pluie fait son apparition lors de mes dernières minutes de course puis l’élément eau se déchaîne immédiatement après avoir franchi la ligne d’arrivée. Coïncidence ou complot reptilien ? En fait, peut-être que c’était Dante Alighieri qui était aux commandes de la journée ?

Ma course à pied sur STRAVAhttps://www.strava.com/activities/792396690

Trail 2

Les plus anciens auront connu le Triathlon des Cimes dont le départ et l’arrivée avaient lieu à Saint-Gilles et qui faisait partie dans les années 80 avec Hawaii, Nice et Embrun des 4 monuments du triathlon. Peut-être sommes-nous les pionniers d’un futur mythe ?

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