Crê(p)ve Bretonne

Dimanche dernier, j’ai pris le départ de mon 3ème Half-Ironman en 15 jours. C’était aussi ma dernière chance de réaliser une course « complète » après les mésaventures physiques et mécaniques des 2 courses précédentes.

J’accrochais donc ce 3ème dossard avec l’envie d’en découdre. Mon effort à Gérardmer la semaine précédente me laissait espérer de belles choses pour ce dimanche, les sensations ayant été excellentes. Malheureusement un petit virus en a décidé autrement et c’est donc avec une bonne crève que j’ai pris le départ.

La météo avait prévu un temps bien pluvieux. Pas d’inquiétude, c’est la 3ème course d’affilée sous la pluie… je commence à me dire que je suis maudit ! Un conseil, si vous voulez courir sous le soleil, vérifiez avant de vous inscrire que je ne suis pas sur la start-list.

Reconnaissance du parcours vélo le samedi après-midi : 3 boucles de 28kms au programme. En jetant un œil au chrono de 2016, j’avais été étonné de voir une vitesse moyenne si peu élevée vis-à-vis du faible dénivelé positif que proposait le parcours. En effectuant la boucle ce samedi, j’ai compris l’enfer que nous allions vivre le lendemain. Le parcours de 85 bornes tient dans un carré de 7km par 7km. Une vingtaine de relances par tour, dont plusieurs virages que l’on doit passer quasiment à l’arrêt. Sans compter tous les dos d’âne, la mousse, les cailloux sur la route, la chaussée mouillée et le vent qui essaye d’arracher les arbres. Impossible de rester plus de 2 minutes en position aéro, il faut sans cesse, se relever et freiner. Bref, à l’issue de cette balade de 28kms, je me suis fait à l’idée que la partie de manivelles du lendemain ne serait pas évidente.

Dimanche :

Réveil 6h30 pour un départ 9h. Traditionnel combo gatosport / café, préparation des bidons. On file au départ qui se trouve à 1km de la maison. J’ai une bonne crève, lames de rasoir au fond de la gorge, les pulses qui tapent sur le crâne, et impossible de respirer par le nez. Sympa, sympa vu le programme qui m’attend. Je me dis que ça va être compliqué de sortir une grosse course, mais qu’on n’est jamais à l’abris d’une bonne surprise.

Il fait 10 degrés, il y a du vent, la mer est démontée, mais pas de pluie à l’horizon et ça c’est top !! Je vais peut-être enfin pouvoir faire une course au sec.

En raison des vagues et du vent, la natation est raccourcie à 1400m (au lieu de 1900m), et s’effectue en une seule boucle au lieu de 2.

Le départ s’effectue sur un spot de surf. Sur la plage 400 triathlètes, dans l’eau 50 surfers qui s’éclatent dans les vagues… Il y a un des 2 groupes qui a plus sa place sur ce spot que l’autre. Petit indice, ce n’est pas celui qui porte des bonnets de bain.

nat ETR

Top départ, on court sur la plage, on rentre dans l’eau, on se fait brasser comme il faut. 10m en avant, 20m en arrière. La houle étant plus grande que les bouées, l’orientation est très compliquée. Aucun kayak ou SUP pour nous ouvrir la route. Nous sommes livrés à nous même dans cette mer en furie. Un peu limite niveau sécurité sachant qu’il y a quand même un paquet de débutants sur l’épreuve. 10 concurrents n’arriveront d’ailleurs jamais à passer la première vague et resteront sur la plage.

Je passe la première bouée en 5ème position. J’essaye de poser ma nage, mais c’est assez compliqué en faisant le bouchon dans l’eau. La 2ème bouée est invisible, pile dans l’axe du soleil, et je devrais m’arrêter à plusieurs reprises et faire de la brasse pour essayer de m’orienter, pas très pro tout ça. J’abandonne l’idée de faire une bonne natation et je m’amuse à surfer quelques vagues sur le retour.

Je sors finalement en 5ème position, à 1’30 de la tête de course. Je fais une bonne T1. Il y a 800m à courir pour rejoindre le parc, je bombarde.

Je prends mon vélo. Toujours pas de pluie. J’essaye de partir fort directement mais mon corps en a décidé autrement. J’ai le cœur au rupteur et les watts dans les chaussettes !

velo etr 2

Je ne prends aucun risque dans les virages, la route est mouillée et le revêtement loin d’être parfait. 
La boucle comprend de nombreux aller-retours qui permettent de jauger l’écart avec les poursuivants. 
Je passe rapidement en 2nde position et je reste à 1 minute de l’homme de tête pendant près de 40kms. Les jambes brûlent, j’ai le cœur à 180 battements, et je galère à sortir 300 Watts quand je suis normalement « presque confortable » à 330 Watts. Au milieu de la seconde boucle, Sébastien Escola-Faseur me double comme une fusée. Je prends un bon courant d’air. Il a l’air facile les mains sur le cintre quand je donne tout ce que j’ai pour tenir péniblement 300W en position aéro. Je laisse partir en prenant mon mal en patience, j’espère me sentir un peu mieux en course à pied. Je perds du terrain sur Sébastien qui prend la tête de la course quelques kilomètres plus loin. Dans le 3ème tour Charles Bouin, le vainqueur de la précédente édition me rattrape. Nous reprenons à nous deux le 2ème triathlète et finissons le vélo à peu près ensemble. Nous arrivons à la seconde transition 2ème et 3ème, à 1’30 de Sébastien et avec une bonne minute sur la 4ème place. Charles avait déjà ses chaussettes aux pieds et me colle 20 secondes dans l’aire de transition. Je sors donc du pack 3ème.

Le parcours à pied est constitué de 3 boucles de 7kms, chacune constituée d’une partie vallonnée en ville, bien casse-pattes, d’un aller-retour sur la digue en front de mer, tout plat et exposé au vent, et d’une partie typée trail sur le sentier des douaniers. Le parcours à vélo ne présente aucun intérêt, autant le parcours à pied est vraiment sympa et propose une vue magnifique. Ce parcours est exigeant et je le découvrirai au fur et à mesure que je cours. 
J’effectue les 5 premiers kilomètres en 17’10 (un bon 17kmh) avec de très bonnes sensations (surprenant avec ce petit virus), ce qui me permet de revenir sur Charles et par la même occasion sur Sébastien. Nous sommes tous les 3 foulées dans foulées sur la digue pour terminer la première boucle. L’allure s’est légèrement calmée, 3’35/k, je me sens bien, les jambes tournent facilement, même si j’ai toujours le cœur qui bat la chamade. Au début de la seconde boucle, que l’on attaque directement par une bonne bosse à 7%, mes 2 vastes-internes se mettent à cramper, j’essaye de continuer à courir 10 secondes mais je dois me résoudre à marcher, puis m’arrêter pour me masser. Je vois Charles et Sébastien monter la bosse alors que je reste en bas. Je perds 30 secondes dans l’opération. Mais J’arrive tout de même à repartir en trottinant. Sébastien coince aussi légèrement en haut de la bosse et Charles s’envole tout seul. Les jambes se délient de nouveau et j’arrive à recourir de façon plus agressive. Je serai en chasse patate derrière Sébastien pendant les 5kms suivants, reprenant mètre par mètre. J’arrive à le distancer de quelques mètres en descente, et l’écart se creusera jusqu’à la fin du parcours. Je reprends une dizaine de secondes sur Charles mais il reste toujours 25 secondes devant. 25 secondes, c’est si peu et en même temps cela représente un écart énorme. Je ne veux pas baisser les bras et continue de m’accrocher pour essayer de grapiller quelques secondes sur Charles, au minimum pour lui mettre la pression. Je ferai le yo-yo entre 15 et 30 secondes derrière lui sur la fin de la course. Lors de la dernière ligne droite, je me fais une raison, je ne reviendrais pas. Sébastien est à 40 secondes derrière, je relâche mon effort et savoure la fin de cette course avant de franchir la ligne d’arrivée. 
Je finis donc l'Emeraude Tri Race à une satisfaisante 2nde place compte tenue de la (toute) petite forme du jour.

podium ETR

Concernant le bilan de ces 2 dernières semaines et de ces 3 courses : si c’était à refaire je referrais. 3 Half-Ironman en 3 week-ends, cela peut paraître beaucoup, mais mon volume d’entrainement durant l’année me permet de récupérer rapidement. Les 2 semaines entre chaque course étaient exclusivement réservées à la récupération, avec environ 6h d’entrainement, quand je suis normalement entre 15 et 20h. Je ne pense pas avoir perdu en forme au fur et à mesure de mes courses. Surement parce que je n’ai jamais eu à me donner à 100% sur chacune d’entre elles. J’ai levé le pied au 5ème kilomètre à pied à Chantilly à cause de mes 2 chutes à vélo (le CR de ma course), je n’ai pas été en mesure de sortir un vélo vraiment aboutit à Gérardmer à cause de mon problème mécanique (le CR de ma course), et je n’ai pas eu non plus à me pousser à fond à Saint Lunaire à cause de ce virus. J’ai finalement sorti 3 courses à 95%. Heureusement il me reste 2 Half-Ironman d’ici la fin de l’année pour essayer de me rapprocher des 100% !

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