2014 : Année de notre 1er Ironman à Nice. A l’époque on n'avait pas un an de triathlon derrière nous, et on s’était lancé Manon Genet et moi dans cette folie de faire un Ironman... Nous ne savions pas encore dans quelle aventure nous nous étions embarqué !! Nos familles étaient venues nous encourager pour l'occasion, et ce week end magique s’était terminé de la plus belle des manières avec des images plein la tête, la qualification de Manon pour Hawai en 10h39, et une beau chrono pour ma part en 9h17. Surtout, la participation à cette épreuve a totalement bouleversé nos vies, puisque le triathlon est devenu notre métier, notre passion, notre mode de vie...

Dès lors, nous n’avions qu’une envie, pouvoir refaire un jour ensemble cette course magique !

Et 4 ans après nous revoilà à Nice, là où tout a commencé… que d’émotions ! Mais beaucoup de choses ont changé pour nous : Manon est inscrite en professionnel et a les armes pour monter sur le podium, les sollicitations et la pression médiatique sont importantes. Il faut arriver à gérer tout ça, tout en restant concentré sur ma course, car c’est la 1ère fois depuis que Manon est passé pro que je ne serai pas en coaching sur le bord de la route.  

Les 2 jours précédents la course n’ont pas été de tout repos, car ils ont consisté en une succession de défilés au stand des partenaires, signatures d’autographes, conférence de Presse, multiples interviews… en plus de la préparation habituel du matériel. Heureusement, nous avions le soutien de la famille de Manon, et de notre petit chiot récemment adopté, Lilly !

Malgré tout, j'essaie de me concentrer au maximum sur ma course, tout en sachant que je vais suivre de près l'épreuve féminine. C’est en fait assez simple pour moi car les amateurs hommes vont partir 4’ après les Pro femmes, et vu le retard que je vais accumuler en plus sur la partie natation, j’aurai ensuite toute la course pour remonter les pros femmes une à une à partir du vélo puis sur la course à pied, avec l’objectif de toutes les dépasser, avec l'espoir de doubler Manon le plus tard possible !

Mais revenons à ma course. Quel objectif pourrais-je me fixer ? J’ai bien sûr en tête ce chrono réalisé en 2014 de 9h17, mais je n’ai fait qu’un autre IM, en 2015, qui ne s'est pas bien passé, et donc aucune autre référence sur cette distance depuis 3 ans. Je nage encore plus mal qu’à mes débuts (il faut dire que depuis 2 ans je laisse un peu de côté cette discipline, où même lorsque je l’ai bien travaillé je n’ai jamais réussi à progresser comme je l’aurai souhaité), et je suis bien moins fort en course à pied qu’à l’époque où je courrais en D1 de duathlon, la faute à une longue série de blessure, la dernière étant une déchirure à la cuisse qui ne m’a permis de reprendre l’entraînement cap que 6 semaines avant l’ironman...

Reste le vélo où je pense être meilleur qu’avant mais où je ne vais pas chercher à affoler les compteurs. En effet, je pense avoir davantage d’expérience, et d’être donc mieux capable de gérer mon effort.  En bref, je sais que je suis moins fort qu’en 2014, mais également moins fougueux. Je sais que mon niveau en cap ne va pas me permettre de tenter des folies, que ce soit sur le vélo ou sur le marathon, et pour faire un IM solide c’est peut être ça le plus important. Je me vois donc difficilement faire mieux que mes 9h17 de 2014, mais je serai amplement satisfait d’un chrono inférieur à 9h30.

24 juin, 6h30 du matin : c’est l’heure du départ. Les Pro sont déjà dans la mer, et c’est au tour des 2700 amateurs de se lancer dans les eaux turquoises de la baie des anges. Le départ est une sorte de rolling start désorganisée, je me place volontairement devant pour partir dans les premiers, et ainsi éviter au maximum les bouchons dans le parc à vélo.

Vu mon entraînement natation de ces derniers temps, je ne m’attends pas à des miracles (même si on y croit toujours !) mais je me dis qu’un chrono de moins d’1h10 serait correct (contre 1h07 en 2014, et 1h02 mon meilleur temps lors de mon 2e IM il y a 3 ans). Je n’aurai pas grand-chose à vous raconter sur cette nat si ce n’est qu’elle m’a paru lonnnnnnnnnngue, et que je n’aurai pas arrêté de me faire doubler… Je sors en 1h11, bien fatigué et pas très lucide, un peu déçu de mon chrono, stressé car je sais que je vais perdre du temps dans le parc, mais heureux d’en avoir terminé !

La transition est comme je le redoutais un calvaire: du monde partout, ça bouchonne, je tape mon gros orteil dans une marche et manque de m'étaler pour aller chercher mon sac transition, puis j’ai tout le parc à remonter vélo à la main, en essayant tant bien de mal de doubler des gens deux de fronts dans l’allée avec leur vélo… Un mauvais moment à passer, le parc me paraît interminable, mais ça y est, j’aperçois la ligne de montée sur le vélo, la course va enfin pouvoir commencer !

J’ai découpé le parcours vélo en 10 segments avec des watt cibles sur chacun d'entre-eux, en fonction du profil. Je veux absolument respecter ces intensités car je sais que je suis capable de les passer à l’entraînement, et surtout je veux être capable derrière de faire un marathon solide, sans exploser. Je veux donc gérer au maximum mon effort, sans chercher à faire des folies, contrairement à 2014 où j’étais parti à bloc jusqu’en haut du col de l’Ecre ! Vous pourrez trouver le détail de mon parcours vélo sur mon strava

Dès le début du vélo je sens que j’ai les jambes, et je serai obligé de me freiner tout le long du parcours pour respecter les intensités. Les 50 premiers km consistent en un long slalom pour dépasser tous les athlètes amateurs. Je remonterai en effet 960 concurrents sur le bike, ça parait beaucoup sur le papier, ça l’est encore plus dans la réalité ! Il faut surtout éviter de tomber car certains ont un peu de mal avec les trajectoires, zigzaguent quand ils veulent boire… d’autres sont des bons cyclistes, sont en train de remonter pas mal de places et n’imaginent pas se faire doubler… Je reste donc attentif et ne prends pas de risque, quitte à perdre un peu de temps. Puis la course se décante petit à petit : côte des condamines, faux plat jusqu’à Tourette, col de l’ecre, plateau de Caussol… je gère aux watt en remontant un maximum de concurrents, et en pensant surtout à bien m’alimenter et bien boire.

Arrivé à la bosse de Sainte Pons, km 110, je sais que c’est ici que j’avais commencé à faiblir en 2014. Mais cette fois les jambes sont très bonnes, je suis au dessus des watt cible et je ne sens pas de fatigue, c’est bon signe. Viens ensuite une portion en aller-retour jusqu’en haut du col de Vence, je suis impatient d’y arriver car je devrais pouvoir croiser Manon et avoir un point de vue plus clair sur la course féminine. Pour l’instant, je n’ai doublé que 3 filles PRO, mais 2 favorites (Lisa Roberts qui terminera 4e, et Magalie Tisseyre, qui abandonnera à la fin du vélo). Je commence la portion en aller retour et effectivement je vois Manon dès le début ! Petit signe d’encouragement, elle me sourie elle a l’air bien. Elle semble en tête car il y a une moto ouvreuse un peu devant, cependant je n’en suis pas persuadé car une ou plusieurs filles ont pu passer avant que je m’engage sur la portion aller retour. Et ça me parait incroyable que Manon soit devant des filles comme Melissa Hausschilt actuellement 3e mondiale au KPR, ou Carrie Lester 7e à Hawai la saison dernière. Mais pourquoi pas ! Je lui ai dis de se faire plaisir... :-) J’essaie de voir les autres filles sur le reste de l’aller retour mais il y a quand même pas mal de concurrents et pas toujours évident de repérer sur le vélo avec un casque aéro de repérer une fille d’un homme quand on passe à plus de 40km/h. Tant pis, la voir m’a bien rassuré, et j’essaie de me reconcentrer sur ma course et de continuer à gérer mon effort

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J’arrive ensuite à la grande descente, longue d'une trentaine de km, que j’arrive à bien négocier, même si je me fais quelques frayeurs :  d’abord je prends un gros trou qui me fera perdre tout le contenu de ma box, puis on croise une voiture à contresens (alors que la circulation était sensée fermé), ce qui calmera un peu mes ardeurs. Dans la dernière descente, la condamine, j’arrive un peu trop vite et rate le virage ! Quelques secondes de perdues et je me fais redoubler par quelques concurrents, mais rien de méchant je suis resté sur le vélo c'est le principal.

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Nous sommes déjà sur les 20 derniers km, tout plat, les mêmes que les 20 premiers mais dans l’autre sens. Ici j’avais prévu de diminuer un peu les watt pour arriver frais sur le marathon, mais surprise le vent de face est assez fort (alors qu’il était déjà de face à l’aller, pas de chance ! Le vent tourne souvent ici, il fallait nager plus vite pour arriver plus tôt dans ce secteur si je voulais avoir moins de vent…).  Vu que les jambes sont bonnes et que je pense qu'il est possible de regagner un peu de temps sur ce secteur, j’augmente un peu la puissance cible. Curieusement, c'est toujours aussi facile et je sens qu'il me reste pas mal d'énergie. Je n'ai aussi aucun problème à maintenir la position aéro, chose assez rare en fin de longue sortie. Certainement l'euphorie de revenir sur la Prom et de pouvoir voir la famille et les amis !

Je termine ainsi le vélo en 4h56, le 9e chrono vélo du jour, avec le sentiment que j’aurai pu aller beaucoup plus vite… Mais ce n’est pas le but aujourd’hui : pas de folie, de la gestion, faire une course solide du début à la fin, c’est tout ce qui m’intéresse. Je ne sais pas du tout mon classement scratch mais je pense que je suis pas mal vu le peu de vélo de parc et le peu de personnes engagées en cap sur la Promenade.

La T2 se passe mieux vu que je suis quasi seul dans le parc, et c’est enfin le clou du spectacle, le marathon ! Comme souvent je dois me freiner sur le début du parcours, mais les 2 premiers km passeront tout de même à plus de 15km/h, puis je me calerai à mon pace travaillé à l’entraînement, 4’10/4’15. Je rejoins très vite Romain Guillaume, 5e de la course actuellement et qui a donc un tour d’avance, et ferai une quinzaine de km avec lui en discutant. Le temps passe plus vite et je peux profiter des nombreux encouragements qu’il reçoit :-)

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Au 15e km, les jambes sont toujours là, mais je commence à être un peu en dessous de l’allure cible, les km tombent sous les 14km/h. Le problème ne vient pas vraiment de l’allure, mais plutôt des ravitaillements. A ce stade de la course on est dans un tel état de déshydratation que chaque ravito devient vital, et je dois m’hydrater de plus en plus :  d’un petit verre au début pris à la volée, je passe progressivement à un verre d’eau + un coca, puis 1+2 puis 2+2 ! La chaleur commence à être écrasante, je prends le temps de bien boire et l’allure s’en ressens forcément avec une baisse de 5/10s au km. Je ne m’inquiète pas car le rythme reste correct, et je préfère perdre quelques secondes au km, et ne surtout pas forcer pour maintenir à tout prix l’allure cible.

Fin du 2e tour et 21e km, les jambes commencent à être lourdes, le rythme baisse encore mais je continue toujours à courir sans jamais m’arrêter. J’alterne des moments d’euphorie où j’ai l’impression que le rythme est facile et que le marathon va être une formalité, avec des moments de souffrances extrêmes où les jambes sont tellement douloureuses qu’on se demande comment il va être possible de continuer. Ces variations d’état sont très déstabilisantes, mais il faut essayer de les gérer :  quand je suis bien, je ne cherche pas à accélérer et je continue à m’hydrater au ravito, même si ça casse mon bon rythme. Quand je suis dans le dur, j'essaie de ne pas baisser les bras et je me dis que ça va passer…

Au 25e km, les moments de souffrances deviennent prépondérants par rapport aux moments d’euphories, qui vont bientôt cesser d’exister ! Le rythme baisse encore, je suis content quand je pace des km à plus de 13. La vitesse va continuer à diminuer de km en km pour atteindre les 5’ au km à la fin du 3e tour…

Mais on y est, c’est le dernier tour ! Plus que 10.5km avant d’en finir. Je sais que je suis tjs dans un chrono correct, que je suis relativement bien placé même si les premiers viennent de terminer. Les cuisses sont contracturées au maximum et il m’est vraiment compliqué d’allonger la foulée. Mais je cours toujours ! J’essaie de tromper le cerveau par tous les moyens, en me disant « allez maintenant la course est terminée : tu fais un petit footing de récup de 10 bornes à 12 à l’heure et c’est la ligne d’arrivée ». Et ça marche, les km défilent ! Bon d’accord, le dernier tour sera plutôt à 11.5km/h,  chaque appui me fait extrêmement mal, mais je sais que je vais finir et que je ne vais pas marcher une seule fois. Je ne vois plus Manon et j’ai peur qu’elle ait abandonnée, mais finalement on m’annonce qu’elle est 3e fille à 3min derrière moi. Bizarre je l’ai doublé sans l’avoir vu ! Mais la nouvelle me remotive. On me dit aussi qu’elle court plus vite que moi et que si je continue à ce rythme elle allait revenir sur moi ! Pas grave on finira ensemble ????  (Dans ces moments de souffrance toutes les excuses sont bonnes pour ne pas relancer davantage !!)

38e km, dernière ligne droite, je vois le Negresco au loin, je cours encore mais tjs à 11.5, impossible de relancer la machine. Au 39e on m’annonce 2e de mon groupe d’âge, je ne sais pas si c’est vrai, je ne sais pas si c’est la douleur quasi insupportable ou le fait de savoir que je vais me qualifier à Hawai, mais je me fais dépasser par les émotions et les larmes me montent au yeux. Je ne pense qu’à une seule chose : la ligne d’arrivée. Je ne regarde plus la montre, je ne vois plus les gens que je croise, ni ceux que je double, je n'entends plus les encouragements.  Il y a moi, perdu dans la foule et le bruit, moi qui continue à me déplacer vers un seul endroit, l'arche d'arrivée. 

Les derniers mètres sont interminables mais ça y est, j’aperçois le panneau d’accès à la finish line… on y est ! Je l’ai fait ! La délivrance, je peux profiter d’être seul dans le couloir d’arrivée avec  le public massé de tous les côtés, l’émotion est incroyable, je peux enfin exulter et arrêter de courir.

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On pourra dire ce qu’on veut d’ironman: une machine à fric, un concept, du bling bling... mais aucune course ne m’a procuré autant d’émotions que la finish line de l’ironman de Nice. On dit toujours que la 2e fois c’est moins bien… et bien non, je pense que c’était même encore mieux !

Dès mon arrivée on annonce Manon à moins de 3min, et je peux donc l’acceuilir sur la ligne d’arrivée, un moment magique ! Elle sera sur le podium de l’IM Nice, un exploit, une histoire incroyable lorsque l’on sait qu’on était là il y a 4 ans et qu’elle finissait beaucoup plus loin.

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Je terminerai donc cet IM en 9h26’05 avec un marathon en 3h09.  8’30 de plus qu’en 2014, avec un parcours vélo légèrement modifié, une nat et cap un peu moins bonne. Rien d'incroyable mais une course qui reste solide, surtout avec seulement 6 semaines de préparation spécifique. Ca fait bien longtemps que je n’avais pas fait une course pleine, sans blessure et sans exploser. Et le principal, c'est qu'on a pu tous les 2 faire une belle course et partager ce moment.

Maintenant place à une bonne période de repos avant de reprendre l’entraînement pour Hawai, en espérant cette fois pouvoir y arriver bien préparé !

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Commentaires   

# Carole DECHAMP 02-07-2018 10:32
bonjour et félicitations vous 2. j'étais à côté de vous 3 à la remise des slots mais j'ai pas osé vous déranger pour vous demander une photo car souffler et pouvoir profiter sans être déranger constamment doit être du bonheur. bonne continuation et bonne chance à Hawai ou j'aurais pu être de la partie (je loupe le slot pour 1 place)
carole dechamp

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