RACE REPORT : Ironman Frankfurt

La version courte : Satisfaction VS. Frustration.

  • Satisfaction : premier Ironman, 9h01, Champion d’Europe en moins de 24 ans, une qualification pour Hawaii. Objectivement c’était difficile de faire mieux pour une première.
  • Frustration : J’avais dans ma tête un chrono, 8h40, que je savais atteignable, ou tout du moins qu’il était possible de s’en rapprocher. Grâce au 6 derniers mois d’entrainement je savais que j’avais dans les jambes 4h40 en vélo et 2h55 à pied. J’avais omis le facteur hypo à vélo... ça devait être une formalité sur le bike puis de la gestion aux sensations sur le marathon en repoussant le mur… Ça ne s’est pas tout à fait passé comme prévu.

La version longue Je vais consacrer une longue partie à l’avant course qui est pour moi tout aussi importante que la course en elle-même, si ça ne vous intéresse pas vous pouvez aller directement au (2).

1) L’avant course

Cette course était inscrite au calendrier depuis 1 an, comme étant l’objectif principal de la saison. Vendredi matin : départ depuis Porte d’Auteuil avec les copains, Manu et Edouard. Antoine nous rejoint le soir en train. 600km plus loin on récupère les clés de l’appartement dans le quartier de la gare. Le quartier n’est vraiment pas sympa, mais étant donné qu’on a réservé l’hébergement 3 semaines avant la course, et qu’il y a plus de 2800 triathlètes à loger ce weekend, on ne peut pas trop se plaindre. Même si le quartier de la gare n’est pas très sexy, il a le mérite d’être à proximité du village et du départ de la navette pour le dimanche. On avait prévu un petit footing/ balade en vélo en arrivant pour se dégourdir les jambes, mais on s’est dit qu’un petit apéro bière/ saucisson/ chips sur les quais du Main au soleil, les pieds dans l’eau serait beaucoup plus sympa. Pour le samedi on avait prévu un programme d’enfer !! Réveil 7h, retrait des dossards à 11h, déjeuner 12h, balade en vélo jusqu’à 14h, pause des vélos à 15h, pause des sacs à T2 à 16h, diner à 18H30, 20H30 au lit. Dès le réveil ça ne s’est pas passé comme prévu. Réveil 8h30, retrait des dossards à 11H45, petite pause bière/saucisse/frites sur le village pour se ravitailler (on ne rigole pas avec la nutrition la veille de la course). On mange finalement à 14h30, on pause les vélos à 17H30 pour une deadline prévue à 15h30 (normal), on fait une petite baignade dans le plan d’eau… Retour à Frankfurt. Il nous manquait des casquettes pour le marathon du lendemain. On est donc allé en acheter au supermarché puis on est parti en trottinant déposer les sacs à T2, 3km depuis l’appart. Etant donné qu’on a été en retard sur tout le programme de la journée… on est aussi arrivé en retard pour poser les sacs, 19h02 pour 19h. Le manager de l’orga nous a fait les gros yeux « encore ces français qui sont à la bourre »… on a négocié, c’est passé… et hop retour à l’appart. Diner pas du tout à 18H30 mais à 21h, accompagné d’une petite bouteille de vin rouge, askip ça aide à faire dormir. Coucher à 22H30, on a rien fait de la journée on ne comprend toujours pas comment on a pu être en retard du début à la fin, mais tout est passé, c’est le principal. Ah si, il a plu toute la matinée et j’ai eu la très bonne idée de désticker ma roue avant au sèche cheveu, parce que « ça faisait plus beau »… on ne l’avait pas prévu dans le planning et ça a pris 3h, juste pour un côté (le deuxième attend toujours). Allez Hop au lit, il parait que demain on joue à l’Ironman.

2) Jour J

Réveil 3h45 comme prévu, ouf on est au moins à l’heure sur le réveil, combo gatosport /café traditionnel (ça passe toujours aussi mal). On décolle de l’appart à 4h35, dans les temps, pour arriver au lieu du départ de la navette à 5h après 20’ de marche. Le parc ferme à 6h15 et le départ est à 6h40… LAAARGGE… En fait pas tant que ça. Il y avait déjà 2996 des 3000 triathlètes qui faisaient la queue pour la navette (la queue était vraiment longue et mes yeux toujours un peu fermé… mais ça faisait beaucoup de monde). Au final on embarque après 25’ d’attente et on arrive à 5h50 dans le parc, mais on n’est pas les derniers donc ça va. Le temps d’installer tous les gels, électrolytes, et bidons ainsi que les chaussures sur le vélo que le speaker annonce déjà la fermeture du parc. Je mets le bas de ma combi en vitesse pour aller me placer en première ligne dans le sas -55’. Je terminerai de l’enfiler sur la ligne. Je recroise les copains, Antoine me dis que son dérailleur ne shiftait pas… ça ne m’étonne même pas. Une fois sur la ligne je suis dans ma bulle, 30’ d’attentes qui seront passé super vite.

Les pros hommes partent à 6h30, les pros femmes à 6h32 puis c’est notre tour à 6h40. Avec le rolling start ils font partir 5 athlètes toutes les secondes. Je pars dans la 3ème seconde et fais directement l’effort pour recoller. Ca a beau être une course de 9h, si je peux gagner 3min en prenant les bons pieds ça ne se refuse pas. Je ne sais pas si je n’avais rien dans les bras ou si ça nageait super fort devant, mais impossible de suivre au bout de 300m (en fait ça nageait fort ils sortiront en 48’), je décide alors de faire ma course de mon côté, c’est parti pour 9h de Time Trial solitaire. 3800m c’est long, j’ai l’impression de ne pas avancer, je doute de ma capacité à sortir dans le temps prévu. Je double les pros femmes et les derniers pros hommes sur la deuxième boucle. Je sortirai finalement en un peu plus de 51’, exactement comme prévu sans être entamé. Good news, je fais enfin pouvoir faire siffler la lenti !!

francfort velo

Transition efficace sans être éclaire, j’arrive à regagner 5 places avant la sortie du parc. Je ne connais pas mon ranking à ce moment-là mais je m’évalue dans les 20 premiers amateurs, de ce que j’ai pu voir à la sortie à l’australiennne, ce qui me va. Les 20 premiers kilomètres de vélo se font avec un vent favorable et sont en léger faux plat descendant. Je pars sur un rythme tranquille, la journée sera longue. Je reprends quand même une dizaine de personne sur cette portion. Seul un avion de chasse me doublera (bike split en 4h31, premier amateur, et 12ème au scratch). Je gère mon effort au capteur de puissance en prenant bien soin de ne pas trop en mettre dans les bosses et de faire tourner les jambes au maximum. Le secteur pavé secoue bien, mais je m’y attendais. Tout est bien fixé. Il y a du monde tout au long du parcours pour nous encourager, c’est top. J’avais peur de m’ennuyer, et bien pas du tout, ça passe vite (peut-être parce que je roulais vite). Je suis quand même un peu frustré de ne pas pouvoir appuyer plus fort sur les pédales… patience, patience. A la fin de la première boucle on arrive sur une petite côte, sponsorisé par Powerbar. Une ambiance en mode Alpe d’Huez sur le tour de France où les gens s’écartent de la route pour te laisser passer. J’ai beau essayer de me raisonner et de me contenir, rien à faire je la grimpe à 390W de moyenne, tout mon corps en tremblait tellement l’ambiance était folle. Faire 5’ à 90% de PMA après 4h de course ça laisse forcément des séquelles et je vais le payer par la suite, mais je ne m’en rends pas compte immédiatement. Je finis le premier tour sur les valeurs prévues, 38,5kmh de moyenne, 260w, et je suis encore super bien. Cool on va pouvoir attaquer le deuxième tour et sortir un gros temps vélo… ou pas. Début du deuxième tour, vers les km 110 : Hypo. Pas violente, ni brutale, mais lente et continue. Impossible de tourner les jambes, la cadence s’effondre, le chiffre des centaines des watts est plus souvent un 1 qu’un 2 (ça fait vraiment mal au moral). Visiblement un gel toutes les 45’ sur Iron ce n’est pas assez. J’avais pris le pari de ne prendre que des gels pour préserver mon ventre pour le marathon, mais au final ce n’est pas suffisant. Je mange alors tout ce que je peux, je bois, je m’étire… bref j’essaye mais rien à faire. Pour venir terminer de m’enterrer un vent assez fort s’est levé et on le prend de face durant la deuxième partie de la boucle… je double la dernière féminine qui était dans son premier tour juste avant la côte powerbar de mon 2nd tour. Ma jambe droite se met à cramper de la fesse au mollet, impossible de la plier, j’essaye tant bien que mal de grimper grâce à la jambe gauche en déclipsant la pédale droite… la dernière féminine me redouble, Re-gros coup au moral. Je suis sec de chez sec, impossible de pédaler, il me reste 10 km de vélo et un marathon. Ça va être sympa la suite de la journée. Au ravito en haut de la côte je prends tout ce que je peux, 3 bars, 2 gels, 1 banane et 1 bidon et je me fais un buffet sur le vélo… peut être que ça peut passer d’ici le marathon… Temps final vélo, 4h52 ; +12’ sur l’objectif. Tout n’est pas perdu, j’ai encore l’espoir de faire un beau marathon au panache pour aller chercher le sub 9.

francfort cap

J’arrive à T2, je crampe en descendant du vélo, je marche jusqu’à mon sac, m’affale sur le banc, dois m’y reprendre à 4 fois pour mettre chaque chaussette et chaque chaussure et me fais aider par une bénévole pour me lever… ça va être long 42km, très long. Je pars en trottinant en hyper fréquence, à 4’40 du kilo. Impossible de mettre une foulée normale et dynamique, les muscles sont au bord de la rupture. Les 10 premiers km seront une alternance de course à 4’20 du kilo et de marche pour relâcher les muscles. Ça va de mieux en mieux et je garde espoir de claquer un sub 9 et un Sub 3 sur le marathon. Le 11ème km aura mis un frein à mon élan. Coup de bambou, plus de son, plus d’image… Allo Houston.. Ah non personne. Longue descente aux enfers qui durera 5km. Je marche plus que je ne cours, je me force à mettre une allure importante quand je cours car je sais que ça ne va pas durer. Du km 18 au 33 ça aura été à peu près correct. Je cours en hyper fréquence à 4’20 du kilo, ça ne ressemble à rien, mais c’est ce qu’il y a de plus efficace vu l’état de mes jambes. Je m’arrête à tous les ravitos pour boire. Je crampe de partout, au bras, à la nuque, j’ai des spasmes, je ne contrôle plus mon corps mais ça avance, et c’est le principal. J’ai over-lappé Edouard et Antoine, à ce qu’il parait on a discuté… mais je ne m’en souviens pas. Je mange mes gels toutes les 30’, je n’arrive plus à les avaler, c’est le 15ème de la journée, j’ai envie de le vomir directement. 33ème kilomètre, 2ème coup de bambou du marathon, 3ème de la journée… Ça commence à faire beaucoup. C’est reparti pour une alternance course/ marche à dominante marche. Le Sub 9 me parait alors impossible et le sub 3 du marathon dans un autre monde… si j’arrive à rallier cette ligne d’arrivée sans avoir à ramper je serai déjà content. Je ne pense plus qu’à une chose, finir. J’essaye de penser à tout ce qui est positif, 10km ça n’est rien, je le fais tout le temps… oui mais ça n’est pas si simple. Le corps est poussé au bout du bout. C’est fou comme un geste tout simple, lancer un gobelet vide dans une poubelle située à 30cm ; poubelle qui fait tout de même 2m de long ; s’avère presque impossible. 4 tours, 6 ravitos par tour, 3 gobelets par ravitos ; 72 gobelets utilisés… et même si j’étais incapable de compter vu ma lucidité je suis à peu près sûr d’en avoir mis 70 à côté de la poubelle… Km 41, temps de course 8h56+ quelques secondes. Allez si je me bouge les fesses je peux sortir ce ****** de sub9, ça serait beau pour un premier Iron. Je débranche le cerveau (enfin le peu qu’il en restait), et je me cale à 3’30/k. je fais 200m, double Tim O’Donnell (3ème à Hawaii 2015), qui est dans le mal, puis je m’accroche au premier lampadaire que je trouve, les 2 jambes complètement tétanisées. J’attends 30 secondes, me refait doubler par Tim, réussi à repartir à 4’30/k, redouble Tim et me dirige vers la ligne d’arrivée. C’est raté pour le Sub 9, alors autant profité de l’ambiance sur la ligne. Et qu’elle ambiance. Je reste 1’ devant ces gradins qui sont pleins à craquer, je ne comprends rien à ce qu’il se passe mais c’est incroyable, je perds 3 places dans l’histoire au général, mais peu importe, je voulais juste profiter de cet instant magique, qui à lui seul justifie les 9h d’efforts, de souffrances et de plaisir passés. Je suis sur un petit nuage, je ne sais pas trop ce que je fais, je crois que je salue le public avec ma casquette, je ne sais pas pourquoi. Je ne veux pas passer la ligne, je veux rester là. Je termine ne sautillant. Je passe la ligne, mon corps lâche, la croix rouge arrive et m’embarque sur la civière. Je passe une bonne demi-heure sans pouvoir bouger, allongé sur un lit. 3h12 sur le marathon. C’est naze, je n’ai pas été capable de courir correctement plus de 200m sur toute la course à pied. 9h01 temps overall. Pas super content non plus, je sais que je suis capable de faire beaucoup mieux.

3) Bilan

Je ne réalise pas trop sur le moment. Je suis surtout déçu de la façon dont s’est déroulée la course, de ne pas avoir réussi à tenir mon plan. J’aurai vraiment aimé faire mentir tout le monde en claquant un joli 8h40, ne pas exploser du tout. Ce chrono, je l’avais dans les jambes, mais pas dans le ventre. Montrer qu’on peut y arriver avec du travail et de la persévérance. Qu’en 1 an et demi si on s’investit et qu’on le fait de façon intelligente on peut arriver à de très belles choses. Ça ne sera pas pour ce premier Iron. Après un tour par la tente massage, je récupère mes affaires, j’apprends que je suis champion d’Europe en moins de 24 ans. Je suis content, c’était l’autre partie de l’objectif, gagner mon Groupe d’Age. Je ne sais pas trop si je veux aller à Hawaii, ça coute très cher. Pas le temps de réfléchir, Alex, lance une cagnotte, récupère 1200€ en 2h. Je prends le temps de lire et de répondre à tous les messages de soutien. Il y en a plein. Je ne peux pas refuser le slot. Je le prendrai le lendemain lors de la cérémonie. Je retrouve Manu, il a sorti la course de sa vie, la course parfaite, 9h40. Antoine finit, Edouard aussi. Le contrat est rempli pour tout le monde. Ils n’ont pas l’air si marqué par l’effort qu’ils viennent de faire, je ne sais pas comment ils font, je tiens à peine debout et je suis incapable de marcher.