"I never lose, either I win or I learn." - Nelson Mandela

Race report de l’Ironman de Klagenfurt.

C’est je pense le race report le plus personnel que j’ai fait, il parle de la course bien sûr mais surtout de ce que j’ai vécu, pendant cette journée. Ce qu’il s’est passé dans ma tête, mon explosion… Les amoureux de sport et de chiffres seront peut-être un peu déçus. C’est une autre facette du sport. Celle de l’échec vu de l’intérieur, celle d’un combat toute la journée jusqu’à l’explosion finale où tout s’écroule en un claquement de doigts sans savoir pourquoi.

C’est mon 3ème Ironman Full distance. Après Frankfurt et Hawaii en 2016. Après Hawaii justement, je m’étais ne dis « plus jamais d’Ironman ». Trop long, trop frustrant, trop compliqué à préparer lorsqu’on a un boulot à côté. Bref plus jamais. J’ai choisi de me concentrer sur le format half-Ironman en 2017 afin de ne faire que des courses ou je prends énormément de plaisir, et de continuer à progresser sur ce format de course. Mais j’ai quand même craqué début Juillet, probablement parce que le cerveau retient plus facilement le positif que le négatif, et je me suis inscrit à l’Ironman d’Autriche… 6 mois après avoir dit « plus jamais ». (Ne jamais dire jamais...).

Je m’étais inscrit non pas avec l’objectif de retourner à Hawaii, mais plutôt de faire une course complète sur cette distance, une course à mon niveau, ou tout du moins ce que je pense être mon niveau, de la même façon que j’arrive désormais à faire des courses complète sur Half. J’espérais de cette façon prendre du plaisir sur la course, ne plus ressentir cette frustration de toujours devoir en garder sous le pied jusqu’au moment ou tu te dis que tu peux enfin lâcher les chevaux mais que tu n’as plus de jus.

Pour revenir sur la course en elle-même, 3,8km de natation en une seule boucle, les 2/3 dans le lac et le dernier kilomètre dans le canal. Parcours vélo en 2 boucles. Je l’avais choisi par je pensais qu’il serait un bon mix en Frankfurt, très roulant et Nice, plus montagneux. Finalement ce parcours est à peu de chose près une copie conforme de Frankfurt, la seule différence étant les bosses qui sont un tout petit peu plus longues et plus raides. On passe tout de même 98% du temps en position aéro et surement 99% du temps à pédaler. Pas de temps mort pour récupérer. Le marathon est composé de 2 boucles de 21km, exclusivement du bitume, avec des parties ombragées et des parties ensoleillées. Bcp de spectateurs sur une bonne partie du parcours et une superbe ambiance, que je n’ai pas pu apprécier à sa juste valeur, mais on y reviendra un peu plus bas.

L’Ironman d’Autriche c’et ma 8ème course en 9 week-ends. 5 courses d’affilées en Mai, 2 courses le week-end dernier à Deauville, puis Klagenfurt. J’abordais cette course différemment des autres, c’était la seule où je voulais arriver vraiment en forme, faire la course quasi parfaite. Un Ironman c’est tellement d’investissement tout au long de l’année, en temps, avec de nombreuses semaines à plus de 20h d’entrainement, mais aussi financier, car le budget du week-end est très conséquent. Ce n’est pas une course que l’on prépare au pied levé, et toute la préparation est minutieusement réfléchie des mois à l’avance. Ce n’est pas une course où l’on arrive à 90% où légèrement fatigué. Pour être capable de courir correctement sur ce type de distance il faut être prêt à 100% mentalement, matériellement et physiquement. On doit avoir les crocs. 
Je venais avec un objectif de chrono, moins de 53’ en natation, 4h31 à vélo (chrono donné après simulation sur Best Bike Split par rapport à ma puissance cible), et un marathon en moins de 2h50 soit près de 15kmh. On rajout à ça 6’ de transition et ça nous fait une course en 8h30. Ambitieux : surement. Fou : peut-être. Mais sur le papier c’est ce que je pensais pouvoir faire. Le passé m’a prouvé que sur Ironman entre le papier et la finish line il peut s’en passer des choses et je m’en suis aperçu une nouvelle fois ce dimanche.

Race Day :

Réveil 4h45. Pour un départ à 6h50. Le temps d’aller dans le parc, d’installer les chaussures, de checker la pression des pneus, de mettre en place les bidons et de scotcher le kit de réparation, il est temps de se rendre sur le départ qui est à 800m. Une fois n’est pas coutume je suis un peu à la bourre, le SAS « moins d’une heure » est déjà blindé. Pour les non-initiés, un départ d’Ironman se fait sous forme de Rolling Start, 6 athlètes s’élancent toutes les 6 secondes. L’objectif étant d’éviter la cohue et la baston au départ lorsque 2800 athlètes se jettent dans l’eau en même temps. Les athlètes se placent dans des SAS avant le départ correspondant à leur temps de natation estimé, et le chronomètre ne se lance que lorsque l’on passe sous l’arche de départ.

Ayant pour objectif de faire la course aux avant-postes, je remonte tout le SAS des moins d’une heure à coup de « Sorry » et « excuse me », pour venir me placer en première ligne. 
Départ dans 3’, un petit pipi dans la combi pour éliminer le stress, et hop c’est parti. Je pars vite sans pour autant m’enflammer comme sur half-ironman, et je me cale directement sur mon allure de croisière. Rapidement un nageur prend les devants puis un petit groupe de chasse se forme derrière. J’arrive à me caler dans les pieds d’un athlète, et je resterai dans ses pieds jusqu’à la fin de la natation. Je me décale légèrement parfois lorsque je trouve que l’allure est un peu lente mais je me rends compte qu’il avance pas si mal et que je suis très bien au chaud dans ses pieds. 
J’avais trouvé la natation interminable sur mes 2 premiers Ironman, en m’ennuyant rapidement dans l’eau, mais celle-ci s’est plutôt bien passée. A l’entrée du Canal, j’entends ma chérie qui m’encourage et ça me redonne un petit coup de boost pour la longue journée qui va venir. Je sors de l’eau en 52’, pile poile dans la fourchette que j’avais prévu 51’-53’. Je ne suis pas très loin de la tête de course amateure. Jusque là le moral est au beau fixe et j’ai hâte de monter sur mon vélo. 
Transition sans fioritures, je reprends quelques amateurs au passage. J’entends Cha qui me dit pleins de choses, mais impossible de savoir quoi.

J’enfourche mon vélo, et je suis prêt à me mettre la misère pendant 4h30 sans voir personne si il faut. Rapidement je reprends un groupe sorti juste devant moi, j’essaye de ne pas partir trop vite même si les sensations sont excellentes, 4h30 c’est long. Le GPS m’annonce plus de 300W régulièrement je me force à me calmer. En me répétant « patience, patience ». Au bout de 5km je prends la tête de la course amateure, exactement comme je le souhaitais. Au bout de 30’ d’effort je sens que je commence à être collé à la route malgré des bons Watts. Je regarde mon boyau avant et vois qu’il commence à être à plat… ça sent la crevaison lente. Pas de soucis, pour une fois j’ai de quoi réparer. Je ne prends jamais rien sur Half, mais ce matin j’ai scotché sur ma selle une bombe anti crevaison et 2 cartouches de CO2 pour regonfler au cas où. Je m’arrête presque content d’avoir crevé car pour une fois j’ai le matériel nécessaire. Une demi seconde plus tard je me retourne et vois que mes deux cartouches ont disparues. J’ai fait 30’ de vélo, j’ai crevé, et je n’ai rien pour réparer. Une moto de l’organisation me double, je lui demande si il y a une station d’aide mécanique un peu plus loin. Elle me dit qu’elle ne sait pas trop. Je décide de m’arrêter et de tenter de regonfler avec la bombe anti crevaison, pour au moins de colmater le trou, qui est tout petit, surement un petit bout de verre. Ca a l’air de fonctionner. Je vois un joli petit troupeau de 10 amateurs que j’avais largué au départ me doubler au bout d’une minute trente… il va falloir tout recommencer. La bombe anti crevaison a marché mais je n’ai que 1,5 bars dans mon boyau contre 8 normalement, la jante ne touche pas la route mais ça n’en est pas très loin. Ça fait un an que je prépare la course, je ne peux pas abandonner sur crevaison au bout de 30’, c’est juste impossible. Du coup je repars en me disant que je verrais bien combien de temps ça tiendra et que je trouverai surement une station d’aide mécanique sur la course car j’avais vu qu’il y en avait 2 ou 3 par tour sur le guide athlète. Je roule en faisant attention à chaque virage de ne pas déjanter (que le boyau ne se décolle de la jante et que je finisse par terre en éclatant tout). 2km plus loin, bingo, un petit panneau signalant une station d’aide mécanique dans 500m, je retrouve la banane… et la reperds 500m plus loin. Personne au poste d’aide, pas de mécano, pas de pompe, NADA. Tant pis je repars, et on verra bien combien de temps ça tiendra. Le rendement est catastrophique, je suis collé à la route, ça n’avance pas, mais je crois encore au fait de sortir une bonne course vue que les jambes répondent très bien. Je remonte pas mal d’athlètes qui m’avaient doublé lorsque je me suis arrêté la première fois alors que je roule quasiment sans pneu. Vers le 50ème kilomètre je tombe sur un groupe de spectateurs dont un cycliste, je m’arrête lui demande si il n’a pas une pompe… et oh miracle il en a une. Il se dépêchent pour me venir en aide, mais sa pompe est minuscule et il peine à mettre plus de 3 bars. C’est mieux que rien, la jante ne touche plus la roue, mais le boyau est quand même bien plat. Ce n’est pas comme ça que je vais rouler mes 4h30. Je sais que je peux être disqualifié pour avoir reçu une aide extérieure mais je m’en fiche, je veux juste aller chercher mon chrono final et faire ma course. Peu importe le classement à l’arrivée. Les athlètes doublés quelques kilomètres plus tôt me redépassent pendant que je suis arrêté… et je les redépassent une nouvelle fois quelques kilomètres plus loin. Même si le rendement est catastrophique, j’arrive à peu près à tourner le guidon sans avoir peur de tout arracher et je peux presque faire du vélo normalement. Je rattrape quelques pros partis 10’ plus tôt, et presque tous les amateurs qui m’avaient dépassé lors de mon premier arrêt. Vers le kilomètre 70 mon boyau commence de nouveau à être vraiment à plat et j’effectue les 20 derniers kilomètres de la boucle sur la jante (cette fois-ci vraiment sur la jante). A chaque station d’aide mécanique que je croisais je prenais espoir, et à chaque fois le même résultat : rien. Fin de la première boucle en 2h30 vs 2h15 espérer. Je commence vraiment à en avoir vraiment marre de cette situation et je ne me vois pas refaire 90 km dans cette situation. Je commence à me dire que je vais devoir abandonner. C’est usant mentalement parce que je ne veux pas chuter à chaque virage et que je suis en permanence en train de vérifier l’état de mon boyau avant. J’arrive au « U turn » de la fin de la première boucle. Le speaker est là. Je décide de m’arrêter et de « l’alpaguer ». Je lui dis que ça fait 80 bornes que je suis à plat et qu’il n’y a personne aux stations d’aide mécanique et que ce n’est pas normal. Il demande si il y a une aide mécanique dans le coin… j’attends, pas de réponse, je repars parce que j’ai vu Cha sur le côté en train de m’encourager 50 mètres avant et que pour elle je ne peux pas bâcher. 100 mètre plus loin une personne de l’organisation court vers moi avec une roue à la main. On change ça rapidement et je repars. Je repars énervé, mais je repars. Enervé parce que la course ne se passe pas du tout comme je le souhaitais et que je commence à comprendre que je ne pourrais pas atteindre l’objectif que je me suis fixé. Je me dis qu’il est encore possible de faire un joli chrono à vélo si je roule bien, et que c’est peut-être possible de passer sous les 4h40 malgré le temps perdu. J’essaye de calculer combien de temps j’ai perdu entre les moments où j’ai été arrêté, le temps de relancer, la perte de rendement et les virages pris sur des pincettes. Je me dis que je dois pouvoir rouler entre 5 et 10’ plus vite sur le second tour si j’arrive à garder les mêmes watts. C’était sans compter sur le vent qui s’est levé et mon genou gauche qui commence à couiner.

Même si j’ai maintenant une roue avant digne de ce nom, les kilomètres passent beaucoup plus lentement dès que j’entame la partie vallonnée du parcours. Je n’ai plus personne en point de mire, et je sens que j’ai grillé des cartouches à grimper un peu trop en force sur certaines portions lors du premier tour, alors que j’aurai dû tourner les jambes. Je sens aussi que je commence à être cuit mentalement. Alors que j’étais content d’être sur mon vélo au premier tour je me demande ce que je fais là, j’ai du mal à appuyer sur les pédales et je dois me concentrer pour garder les watts alors que je n’ai pas particulièrement mal aux jambes, pas de signes de crampes ni de fatigues particulières. Juste l’influx nerveux qui a disparu. Le plan nutritionnel a été respecté à la lettre et vu les conditions climatiques pas particulièrement chaudes je ne crois pas à un facteur de déshydratation. Je suis juste en train de sortir doucement mais surement de ma course. Heureusement les derniers kilomètres du parcours sont en descente parce que j’en avais vraiment marre de pédaler. J’essaye de me mettre dans la position la plus aéro possible pour faire le moins d’effort possible. Je me rends compte une nouvelle fois que pour performer sur ce genre de parcours il faut adapter sa préparation spécifiquement. Il faut passer des heures en position aéro, pour habituer les muscles spécifiques à travailler, le dos et la nuque à tenir, habituer la tête aussi quand ça fait mal mais qu’il faut continuer. Je n’ai pas fait de préparation spécifique pour Klagenfurt, et j’en paie le prix fort sur la fin du parcours. Chaque montée était presque une délivrance car je pouvais me redresser et me mettre debout sur les pédales pour faire travailler d’autres muscles, relâcher la pression sur mon genou qui commençait à me faire mal. 
J’arrive enfin à l’aire de transition, et ça tombe bien j’ai eu ma dose de vélo pour aujourd’hui. Je ne connais pas place mais je sais que je suis bien placé en amateur, peut-être premier au pire dans les 5 (en fait 3ème à moins de 5’ des premiers). Mais je suis tout de même déçu lorsque je pose le vélo. 4h48… A des années lumières de ce que je voulais faire. 18’ de plus que prévu. Même si ce temps perdu s’explique facilement, sur le moment c’est juste la déception qui l’emporte. Petite analyse rapide post course : je passe en tout 6’ arrêté pour soit essayer de réparer soit pour changer de roue. Je dois facilement perdre 1’30 en cumulé avec mes 5 arrêts lié au fait de freiner pour s’arrêter et de relancer le vélo alors que j’avance normalement à 40kmh. Je perds aussi facilement 4’ lié à la perte de rendement du boyau sur la première boucle, je dois perdre 2’ avec le vent qui s’est levé sur le second tour et enfin je perds 4’ sur le second tour car je n’arrive plus vraiment à me concentrer pour appuyer sur les pédales et parce que j’en ai marre de faire du vélo… 6+1,5+4+4+2 = 17,5… 4h48 – 17,5min = 4h30’30 secondes… soit l’objectif que je m’étais fixé. Je ne pense pas m’être surestimé en visant ce chrono par rapport à mon niveau. Mais le cumul des aléas de courses fait que j’en suit bien loin, très loin, et le moral dans les chaussettes à l’attaque du marathon.
Je n’étais pas venu pour une qualif, une place dans ma catégorie ou encore avec l’objectif de faire un beau marathon. J’étais là avec un objectif aux environs de 8h20. Et avec un chrono en 4h48 cet objectif est devenu impossible…

je vois Cha qui m’encourage qui me dit que je suis bien, dans les 20 premiers pros compris et ça me remotive un peu pour aller chercher un joli marathon. Je me dis qu’un SUB 8H40 ne serait pas si mal si je sors une belle course à pied vu ce qu’il vient de se passer sur le vélo. Je pars donc sur l’allure cible entre 3’50 et 4’ par kilomètre. Je sais que je ne la tiendrai pas tout le marathon, mais l’objectif est de tenir ça sur 21km, puis lorsque la fatigue arrivera gérer au mieux pour courir 2h50 au marathon, ce que je pense pouvoir courir sur Ironman. Je cours donc, avec un petit regain d’énergie, il y a du monde partout sur le côté, j’essaye de ne pas courir en surrégime car lorsqu’on vient de passer 4h50 à 38kmh de moyenne on a l’impression d’être arrêté lorsque l’on court à 15kmh. Je suis facile cardiaquement et musculairement. Plus frais que le week-end dernier à l’entame du semi ou du 10k sur le triathlon de Deauville. Je prends un petit verre d’eau au ravito. Je passe le 5k en moins de 20’, donc parfaitement dans mes allures cibles. Puis j’arrive sur la partie la moins cool du parcours. Plein soleil, en zone pavillonnaire. Très peu de supporteurs, pas de vent. Bref c’est ma tête contre mes jambes. Je commence à m’égarer dans mes pensées, et à ne plus avoir envie de courir. Je ne comprends pas trop car les jambes vont bien. Et puis d’un coup plus rien. Plus d’envie. Le genou gauche qui me titillait à vélo se met à me lancer très fort. Je n’arrive plus à respirer, j’ai la cage thoracique bloquée et à chaque inspiration un peu forte ça fait comme si on me frappait avec une batte de baseball dans les côtes. Les périostes se mettent à me lancer, mes tendons d’Achille à me faire mal. Comme si mon corps essayait de trouver toutes les excuses possibles pour arrêter la course. Les problèmes de respiration me donnent des quintes de toux dès que j’essaye de courir. J’essaye de me relancer, mais je n’y arrive pas. Tous les 200m obligé de m’arrêter. Sans trop savoir pourquoi j’ai les larmes qui me montent aux yeux, l’envie de pleurer à défaut d’avoir l’envie de courir. Je me retiens. J’essaye de me remobiliser, je repars sur une allure vraiment facile sur le moment, vers 14kmh. Mais j’ai toujours les larmes aux yeux. Je ne sais pas pourquoi mais je sens que je craque, que les nerfs se relâchent complètement. Je passe le 8ème kilomètre, je croise Patrick, Juliette et Martin avec qui je séjourne à Klagenfurt. Ils m’encouragent. Il reste 34km. 50m plus loin je vois ma chérie… et là je craque complètement. Je passerai les détails mais je n’ai jamais été dans un état pareil sur une course. Je tombe dans ses bras elle essaye de me remobiliser, elle ne comprend pas ce qui m’arrive. Tout comme moi d’ailleurs. Je pleure dans ses bras, j’ai mal partout, je n’arrive pas à respirer sans être pris de quinte de toux. Et je ne sais pas ce que je fais là. Au bout d’un certain temps (surement plus long que ce que ça m’a semblé), elle arrive à trouver les mots pour me faire repartir, pour que je fasse au moins les 21kms, en marchant en courant comme je veux mais que je fasse au moins le semi. « On se retrouve ici dans 12km, au petit pont ». C’est tout ce qui a fait que j’ai continué. En alternant marche, course, arrêt. Les larmes aux yeux pendant 12kms. A éclater en sanglots sans savoir pourquoi quand les spectateurs m’encourageaient et lâchaient un petit « Allez » avec leur accent autrichien. 12kms où je ne pouvais plus rien avaler non plus. Ma tête ayant lâchée, mon corps ne voulait plus rien savoir. Chaque verre d’eau était vomi illico, et je ne parle pas du bout de banane que j’ai essayé d’avaler. Je continue à avancer… avec le seul objectif de revenir à ce petit pont. J’éteins la montre GPS. Démoralisant de voir la vitesse à laquelle je me déplace. Le public est incroyable et c’est un sentiment partagé de honte et de déception que de leur offrir cette image. De craquer à ce point. De courir je passe à marcher, de marcher je passe à avancer, puis d’avancer je passe à tenir debout… je n’ai qu’une chose en tête, revenir à ce petit pont. Sur le retour, j’entends Martin m’encourager... nouveau torrent de larmes. 300m plus loin je retombe sur Charlène. Ca fait 21kms que j’ai posé le vélo, je n’ai jamais été aussi lent sur une course à pied, pas même à Hawaii. Je m’affale par terre devant elle une nouvelle fois. Elle essaye de me rassurer de me faire manger et boire un bout… avec un succès tout relatif… Apparemment j’aurai même manger les gaufrettes du gouter d’un petit garçon qui me les a gentiment données. Merci à lui. Je passe, 5, 10 ou peut être 15’ sans réussir à me ressaisir assis par terre, avec le vide dans ma tête. Lorsque j’arrive enfin à me relever j’ai le droit à un tonnerre d’applaudissement de tous les spectateurs qui ont pu voir m’ont désarroi et la situation dans laquelle j’étais. Cha me dit qu’elle va m’accompagner sur les 21kms restants, mais qu’il fait que je finisse, même si ça nous prend 8h. Je repars en marchant avec elle, mais j’ai toujours une douleur insupportable à chaque respiration. Je tente de trottiner, sans succès. 800m plus je décide de jeter l’éponge. Je suis vidé. De tout. Je ne serai pas un Ironman ce dimanche 1er Juillet. Bravo à tous les finishers qui sont allés au bout d’eux-mêmes, et à Julien particulièrement, premier Ironman et SUB 10 directement !
3,8km => 178km => 21km => DNF. 
Je n’ai même pas de regrets, de remords à arrêter. Trop de souffrance aujourd’hui, j’ai atteint ma limite. On fait du triathlon, on s’entraine, en partie pour repousser ses limites. Aujourd’hui je suis tombé le nez sur cette limite.

J’aurai appris quelque chose aujourd’hui. Ou plutôt je l’aurai vécu parce que je m’en doutais un peu. 
On n’arrive pas sur Ironman si on est pas prêt mentalement à 100%, si on est pas frais et qu’on a pas les crocs pour en découdre toute la journée. Il faut être prêt à tout donner. Ça doit être la course de l’année. J’ai déjà fait 7 courses depuis début Mai et 7 podiums, la fraicheur mentale n’était surement pas là. L’objectif que je m’étais fixé n’était peut-être aussi pas le bon pour tout donner quoiqu’il arrive. J’abandonne alors que je suis 3ème Amateur et en tête de ma catégorie avec une avance confortable. J’avais surement les jambes pour courir 2h50 et gagner la course amateur overall en moins de 9h et prendre ma qualif pour Hawaii. Mais je n’étais pas venu pour ça. Quand le corps lâche la tête peux s’accrocher pour continuer à avancer, mais quand c’est l’inverse c’est impossible.

Si Ironman il y a de nouveau c’est certain que j’aborderai la préparation différemment. Mais si Ironman il y a de nouveau ce n’est certainement pas pour tout de suite.

Dimanche premier Juillet c’était l’envers du décor, lorsque tout se passe mal. Ça fait partie du sport. Il n’y pas que des podiums et des victoires il y a aussi de gros échecs qui marquent à vie, qui servent de leçon pour la suite.

Un grand merci à tout ceux qui m’ont suivi, encouragé, et qui étaient derrière moi. Merci à ma chérie Charlene, qui m’a poussée à aller chercher au plus profond de moi-même, pour mettre un pied devant l’autre et me battre jusqu’à ce que je n’aie plus rien à donner.

Place à 10 jours sans sport, pour soigner le corps (un peu), et la tête (surtout).

Merci à tous !!