A 5 minutes du top départ du Tours'n man, sous l'arche de départ face au Cher, je repense à mes entraînements passés depuis mes débuts en triathlon et l'ironman de Nice en 2015, à ma fin d'année 2017 et début 2018 chaotique la faute à 2 grosses entorses avec arrachements osseux dont une mal (pas) soignée qui m'auront mis out quasi 2 mois, et me dis que finalement j'arrive ce dimanche 10 juin dans une forme pas si mal et qu'avec une bonne dose de confiance en soi et la famille derrière moi je devrais arriver à faire un truc pas si mal ! 

Avec 3500 km de vélo et 18h de natation depuis l'Ironman de Barcelone soit pile 8 mois, le plan pour aujourd'hui n’est clairement pas de partir tête baisser pour aller chercher un chrono, mais au contraire de limiter la casse en natation, de gérer à vélo pour pouvoir valider des progrès en course à pied et réussir à claquer un beau marathon. 

A 2 minutes du départ je cherche une dernière fois ma famille à droite à gauche en haut, choux blanc, trop de monde, j'aurais aimé croiser leur regard avant le départ... Pendant ce temps le speaker énumère les athlètes élites, j'ai à peine le temps de mettre mes lunettes que le départ est donné, nous nous élançons 5 par 5 pour créer un flux continu de triathlètes et éviter ainsi un départ de masse souvent synonyme de bousculade, coup de pied, coup de coude et autres joyeusetés....

L'eau est entre le marron et le vert impossible de voir à 10 cm je comprends vite que nager dans les pieds pour le piètre nageur que je suis va être compliqué... Après une ligne droite et un virage à gauche à la bouée c'est parti pour une longuuuuuuuuuue ligne droite à contre courant qui me parait de ne plus en finir, je bois une petite tasse toutes les 5 minutes et me demande si à la fin de cette partie natatoire j'vais pas le payer cher ! (c'est le cas de le dire...) le retour se fait beaucoup plus vite grâce au courant qui me porte mais pas assez vite à mon gout hélas ! Sortie à l'australienne qui me permet de nettoyer et remettre mes lunettes en place, regard furtif à ma droite pour voir mes supporters mais re choux blanc, je me dis alors que dans 1900m je verrai enfin ma femme et mes enfants ! La deuxième boucle est la copie conforme de la première, du courant, une ligne droite interminable, des tasses bues à la pelle, sur le retour j'en ai clairement plein les bottes pour rester polis et j'ai vraiment hâte d'en finir de prendre...cher...1h29 à barboter allo Houston we've got un problem.... 

Alléluia, je vois enfin l'arche de départ synonyme de la fin de mon calvaire, je sens la combine qui me cisaille le cou, j'ai les bras qui tirent bref il était temps...

2 sympathiques bénévoles m’empoignent pour m'aider à sortir de l'eau et c'est parti pour la transition, je cours sous la tante récupérer mon sac d'affaire, j'enlève ma combine, mets mon porte dossard, enfile mes chaussettes baskets et cours rejoindre mon vélo 800m plus loin, il pleut des cordes et en chemin je croise enfin sab et les enfants, bien content de les voir je leur crie "j'suis gelé......!" 

Arrivé au parc à vélo, j'enfile mes chaussures mets mon casque baisse la visière et m'élance sur la première boucle de 90 km à faire deux fois, au bout de 18 km je regarde ma montre à peine 30 minutes sur le vélo et je suis frigorifié, en manche courte chaussette taille basse bref à poil sous une pluie battante et froide je n'arrive pas à ouvrir l'emballage de ma barre énergétique, j'ai les mains et les pieds congelés, à ce moment-là je me demande vraiment ce que je fous sur le vélo, le bras de fer commence dans ma tête entre écouter la voie qui m'encourage et l'autre qui me rappelle que j’ai encore 4h30 de vélo dans ces conditions et qu'en faite la journée commence à peine et qu'il vaut mieux tout arrêter...

Finalement je me résigne à continuer en pestant pendant la totalité de la première boucle soit 2h29 à râler/rouler sous la pluie, comme si les conditions météo ne suffisaient pas en entrant dans un rond point ma roue arrière décroche et je chute en glissant sur le flanc gauche, je ramasse mon vélo, fait un check de mon poigné, hanche, cuisse, coude, ras il manque un peu de vernie, ça pique un peu mais je repars tant bien que mal. 

Les jambes un peu coupées avec la crainte à chaque changement de direction de rechuter j'effectue les 50 km suivant sur la réserve, puis le ciel s'éclaircie le soleil perce enfin, la chaussée sèche quasi totalement je me dis qu'enfin j'vais pouvoir me faire plaisir puis me mets à espérer un marathon sous une grosse chaleur, miam miam, avec cet élan et ce regain de motivation je me remets à appuyer sur les pédales et mes 2 compères avec qui je roule (en respectant les règles évidemment) depuis une bonne heure et demi ne me reverront plus en l'espace de 2 minutes... 

Je finis les dernières 45 minutes du parcours vélo à bon train, juste avant le parc des Expositions je vois mes enfants et ma femme me crier que j'ai fait un bon vélo, après 5h de vélo dont la moitié à se demander se qu'on fait la ça fait un bien fou !!!! j'arrive donc au parc pour la deuxième transition, lente comme d'habitude... je dépose mon vélo cours chercher mon sac, m'assoie sur le banc pour m'enduire les pieds de vaseline, changer de chaussettes, enfiler mes manchons de compression, enfiler mes baskets, visser sur la tête ma visière floqué Ironman datant de Nice (ma relique mon grigri, elle est de tout mes triathlons ou grosses séances d'entrainement), je file ensuite aux toilettes pour la vidange qui va bien, et au moment de m'élancer sur la partie course à pied je m’aperçois que j'ai oublié ma montre gps sur le vélo... un p'tit aller retour au milieu du parc à vélo histoire de perdre encore une bonne minute et c'est parti pour la partie tant redoutée des triathlètes longue distance, le véritable juge de paix de notre journée sportive à tous le MARATHON, et oui parce que courir, et bien si possible 42 km après 6/7h d’effort ça demande une bonne dose de mental, un petit coté masochiste et accessoirement des jambes encore un petit peu fraîches... 

C'est sur cette dernière épreuve que mon tours'n man sera réussie ou non, la natation aura été clairement une purge, trop dur pour le mauvais nageur que je suis, le vélo aura était plutôt moyen de part les conditions météo et ma faible résistance au froid multiplié par mon manque de kilomètres à l'entrainement, sans avoir un capteur de puissance il est clair que je suis loin des watts produits 8 mois avant sur l'ironman de Barcelone alors pour ce marathon je veux faire un truc propre pour continuer ma feuille de route en vue de pouvoir un jour m'aligner sur des courses labellisées avec l'ambitions d'aller chercher une belle place en groupe d'age ! 

J'ai longuement hésité sur quelle stratégie employer pour arriver à bien courir, je choisis finalement sur les conseils de mon pote et mentor de ne pas partir sur une allure à tenir tout au long mais plutôt sur un pacing haut qui consisterait à tenir le plus longtemps possible puis de passer en allure de survie le plus tard possible... 

Aux alentours des 13h50 je m'élance enfin sur le marathon sous un soleil et une chaleur humide et étouffante qui me va bien, je sors du parc de transition les jambes sont légères, la foulée plutôt souple, premier kilo 4'15 houla on se calme me dis-je, je réduis l'allure puis passe en pilote auto à 4'30 au kilo, à chaque ravito le même rituel un gobelet de boisson isotonique et un gobelet d'eau sur la tête, à chaque boucle (3 au total) je vois mes supporters3 fois, toujours le même rituel pour eux aussi "aller papa" les cloches de vaches qui retentissent, ma femme qui me crie que c'est un temps pour moi et que je cours bien, bref ça regonfle à bloque, ça fait chaud au cœur, ça met les poils !!! au milieu du deuxième tour mon bide commence à se tendre, sans rentrer dans les détails ma digestions se passe très bien et une pause technique s'impose (bon ok la grosse pizza + reste de la pizza de ma fille + tarte tatin glace chocolat + chantilly de la veille au soir doivent y être pour quelque chose....) ça tombe bien pile au moment de passer à coté des toilettes posés la pour l'occasion, ni une ni deux en 2 minutes top chrono l'affaire est plié et je repars de plus belle !

J'en termine avec mon deuxième tour soit 28 km au compteur et les choses sérieuses commencent, fini la fête, fini le pilote auto je maintiens encore une allure sous les 5'/km mais je dois me rentrer dedans, les guitares sont lourdes le parcours fait de pleins de petits coup de culs et de relance commence franchement à me taper dans les gigots, et rebelote je sens mon ventre se tendre, je sens surtout qu'il faut vite me trouver un bosquet, mais vite vite... et à défaut de tomber sur des toilettes comme une heure plus tôt je trouve une belle grosse rangée de laurier, 1 minute top chrono c'est plié ! (vous notez une minute de gagné sur le premier popo, pas mal non ?) je repars...de plus belle, c'est vite dis mais je repars...Je commence à brancher le compte à rebours 9,8,7,6...Ça y est mon allure passe au dessus des 5'/km, je trouve les mètres entre les ravitos de plus en plus long mais je trouve aussi que pas grand monde est à la fête, 5,4,3 je passe le dernier ravito en me disant que sauf gros gros coup de bambou je vais boucler ce marathon aux alentours des 3h20 ça me remet un coup de boost, j'arrive à relancer dans le dernier kilomètre, un dernier virage et c'est le tapis bleu d'arrivée avec l'arche tout au bout, je regarde à droite puis à gauche voir ma famille mais 3éme choux blanc, je passe la ligne un peu déglingué et à peine 30 seconde après je vois mes 3 têtes préférées débarquer, quelle joie ! Au final 3h18 temps puce pour bouclé ce marathon, un chrono qui me paraissait totalement inhumain et inaccessible lorsque j'ai commencé le triathlon voila 3 ans... 

J'me donne un an et demi pour apprendre à nager et faire de vrai transition, RDV peut être en 2020 de nouveau sur l'IM de Nice avec mon petit frère pour commencer à me mesurer à la concurrence en groupe d'age...

 

Je conclurai par un grand bravo à l'organisation au top du top à tous les niveaux, pour une première édition c'est même hallucinant ! Un autre énorme bravo à tous les bénévoles sans qui forcement ce triathlon n'aurait pas lieu, et franchement mention spéciale aux signaleurs et aux "ravitailleurs" merci de nous donner de votre temps !!!! 

En chiffres : (nat 1h29 / t1:10' / vélo 5:04 / t2:7' / cap 3h18) 14éme/600 et des bananes.

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