Mon histoire avec le ToursnMan remonte à l’été 2017 lorsque j’avais vu des messages  annonçant la première édition d’une épreuve longue distance organisée à Tours. Dès le départ, j’ai été tenté et je me suis dit que ça pourrait faire une belle occasion pour débuter sur la distance mythique pour ma 2ème année de triathlon. Juillet 2017, je vais retirer mon dossard pour le longue distance de l’Alpe d’Huez et j’en profite pour passer du temps sur le village des exposants. Un petit stand aux couleurs du ToursnMan est présent et j’engage la conversation avec Médéric qui m’explique comment l’organisation se met en place et quels sont ses projets pour la course. Même si je suis concentré sur la difficile épreuve qui m’attend le jeudi, je suis marqué par la passion et la détermination dont fait preuve Médéric et je suis déjà convaincu que je serai présent à Tours en juin 2018. C’est donc tout naturellement que je prends un dossard pour le XXL dès l’ouverture des inscriptions à l’automne 2017.

Contrairement à la plupart des triathlètes du club qui préparent l’IM de Nice, je ne ferai aucune préparation spécifique et je continuerai à m’entrainer normalement pendant toute la période. Je reste donc sur mon rythme habituel en faisant les séances collectives du club et en restant toujours au contact du groupe avec lequel j’ai plaisir à m’entrainer.

Les mois défilent et je me retrouve rapidement à quelques jours de l’épreuve tant attendue. Pour une fois je suis raisonnable et je ralentis nettement le rythme d’entrainement à une dizaine de jours de l’épreuve en espérant retrouver de la fraicheur. Les voyants sont au vert et je pense être dans les conditions optimales pour réussir. Je garde quand même en tête cette grosse déconvenue vécue 3 semaines auparavant sur le M du Chemin des Dames, qui m’a mis un coup au moral et qui m’a perturbé dans la dernière ligne droite. La course approche et je stresse à l’idée de ne pas pouvoir finir la course à cause d’un ennui mécanique sur le vélo. Jusqu’à présent je partais sur mon vélo chrono équipe de roue 50mm à boyau… sauf que je n’ai pas de matériel pour réparer et je ne suis pas du tout sût de savoir changer un boyau. Gros gros doutes à quelques jours de l’épreuve sur le choix des roues à embarquer. J’opte finalement pour une paire de DT Swiss 55 à pneus que Pierre me propose très gentiment. Je suis rassuré et je me dis qu’au moins je suis sûr de savoir changer une chambre à air en cas de crevaison !

Je prends la route le vendredi midi avec mon fils Tom pour un périple en duo en mode IM. Le vélo et tout le matériel pour le week-end sont à l’arrière de la voiture et nous voilà tous les 2 partis à l’aventure. Nous arrivons à notre location le vendredi en début de soirée, retrait des dossards le samedi après-midi et installation du vélo dans le parc indoor. Il fait très chaud avec 30°C et je me dis qu’on risque de souffrir pendant la course dimanche. Des risques d’orages sont annoncés et une grosse incertitude demeure sur la météo.

Dimanche arrive, ma montre sonne à 3h30 et je me lève sans ressentir de stress particulier. La nuit a été courte mais plutôt bonne, le soleil se lève doucement et on aperçoit un ciel dégagé qui annonce une météo agréable. J’arrive au parc des expositions dans les temps, tout va bien malgré un ciel qui semble se couvrir. Je fais un dernier check de mon vélo dans le parc et j’aperçois P’tit Nico qui est déjà là et qui termine son petit déj’ près de son vélo.

6h20 : direction le départ de la natation pour enfiler la combinaison et me préparer avant le départ. Le chemin qui mène au Cher me paraît bien long et je me dis que ça va être une sacrée transition. Tous les triathlètes se préparent et on sent la concentration et la pression qui commencent à monter. Même si la natation reste de très loin mon point faible, j’ai quand même quelques certitudes sur mon niveau et les derniers entrainements en eau libre ont confirmé mes progrès. Je vise une sortie de l’eau en moins d’1h20 à laquelle j’imagine ajouter une dizaine de minutes de transition avant de parti à vélo. Le départ organisé en rolling-start est également rassurant car je me dis que je ne prendrai pas de coup et que  je pourrai nager à mon rythme dès le départ. Confiance maximum (ou presque) pour le moment !

7h00 : le départ est donné et les meilleurs s’élancent. Je fais le choix de rester en retrait pour partir dans les 100 ou 150 derniers nageurs. Vient donc mon tour pour débuter cette longue journée de course. J’observe les nageurs qui se sont élancés avant moi et ils passent tous très largement à droite de la 1ère bouée. Je trouve ça étrange et je me dis qu’ils ont tous un problème d’orientation et qu’ils ne peuvent pas se situer à cause du nombre de nageurs qui les précèdent… Je me jette à l’eau et je pose plutôt bien ma nage, c’est bon signe. L’eau est bien marron et ce n’est pas franchement agréable. On est loin de la clarté des eaux du lac bleu de Roeux ou bien du lac de Sainte-Croix dans le Verdon. Mais la température de l’eau est parfaite à 23.2°C et tout semble bien se passer. Sauf que lorsque je tente de sortir la tête de l’eau pour apercevoir cette 1ère bouée, je m’aperçois que j’ai moi-aussi complètement dérivé sur la droite. Ce n’est pas un problème d’orientation mais bien le courant qui nous pousse en aval de la rivière. Je passe cette bouée et je suis maintenant face à une ligne droite de 800 ou 900m qui remonter la rivière. Face au courant, j’ai l’impression de ne pas avancer malgré une nage plutôt correcte. Mais je suis rassuré car je double pas mal de monde, j’en déduis que je ne suis pas trop mal. J’arrive au bout du parcours sur la bouée à contournée pour redescendre sur la suite du tracé. Comme souvent, il y a un petit embouteillage et je dois passer en brasse car ça frotte pas mal. Je tente d’amorcer mon virage en brasse lorsque je me retrouve face à la bouée qui semble reculer. J’ai vraiment cru qu’elle n’était pas bien attachée et qu’elle dérivait… avant de comprendre qu’en fait c’était moi qui reculais lorsque je nageais en brasse ! Une fois cette bouée bien difficilement passée, le retour sera beaucoup plus rapide avec le courant favorable. Sortie à l’australienne avec l’aide de bénévoles (merci !), je jette un œil à ma montre en me disant « j’ai bien tourné, je dois être pas mal, entre 37 et 38 minutes » …lorsque j’aperçois 45 minutes ! Grosse déception lorsque je me remets à l’eau pour entamer la 2ème boucle qui m’attend. Cette fois je sais à quoi m’attendre mais la 1ère partie me paraît interminable. Je nage seul, je n’ai aucun triathlète autour de moi pendant de longues minutes. C’est pratique car je ne prends pas de coups, mais je comprendrai après la course que tout le monde s’est mis proche de la berge pour moins subir le courant. Erreur de débutant car je suis resté proche des bouées qui étaient au centre de la rivière, à l’endroit où le courant est le plus fort. J’ai également dû m’arrêter de nager au moins 5 fois sur cette 2ème boucle pour tenter de retirer l’eau qui s’infiltrait et remettre correctement mes lunettes. Autre élément qui me perturbe : une forte averse est au-dessus de nous et je sens de grosses gouttes qui tombent alors que je nage. Ça promet pour le vélo !

Je sors enfin de l’eau en 1h35 et je récupère mon sac de transition avec mes affaires de cyclisme. Comme tout le monde, j’ai froid et j’essaie de me sécher pendant cette transition difficile. Nous avons ensuite plus de 600m à faire en courant avant de rentrer dans le parc à vélo pour entamer la 2ème épreuve de la journée. Il est tout juste 9h00 lorsque je monte sur mon vélo. Je suis donc à 1h53 d’épreuve car j’ai débuté la natation à 7h07. Je suis déjà bien loin des 1h30 que je m’étais fixé comme objectif. Mais je ne suis pas abattu pour autant et je me dis que c’était difficile pour tout le monde. Le début de parcours vélo est rendu dangereux par la très forte pluie qui s’abat sur nous depuis maintenant 1 heure. Il faut sortir de Tours et les routes sont glissantes avec de grosses flaques d’eau qui sont apparues un peu partout. Objectif numéro 1 : ne pas tomber et patienter quelques kilomètres avant de pouvoir rouler une fois sorti du centre-ville.

Après 10 ou 15 minutes au ralenti, je passe enfin en position chrono sur les prolongateurs. C’est parti, je commence à rattraper du monde comme c’est souvent le cas sur le vélo. Les sensations sont bonnes et les kilomètres défilent sur un parcours roulant et relativement facile. Je me fais quand même déposer par des cyclistes qui doivent roulent à 45 kms/h et j’ai du mal à comprendre comment ils ont pu sortir de l’eau derrière moi… Au bout de quelques minutes, je réalise que les concurrents du L se sont élancés après nous et que les meilleurs m’ont rattrapé. Me voilà rassuré, on n’a pas les mêmes dossards et on n’est pas sur la même course. J’arrive au 1er ravito pour prendre un bidon, mais rien de plus car j’ai encore mes barres et ma boisson iso. Les paysages sont très sympas et je prends conscience de la chance que j’ai de rouler dans ces bonnes conditions. En effet, il ne pleut plus et la route commence à sécher. Par contre la chaleur et une forte humidité font clairement leur apparition et il va falloir s’hydrater correctement pour éviter une déconvenue. La dernière partie du parcours devient plus difficile et ma moyenne semble légèrement baisser mais tout va bien avec des places reprises sur le vélo.

J’arrive au kilomètre 77, je commence à me poser quelques questions et j’ai hâte de voir ma famille venue m’encourager. Je ne les ai pas vus avant la course ni pendant la natation car leur logement était situé à près d’1h30 de Tours et ils m’avaient prévenu qu’ils arriveraient plus tard. Je rattrape un cycliste devant et lorsque j’arrive proche de lui, je m’aperçois qu’il s’agit d’un handisport qui ne pédale que sur une jambe. C’est juste incroyable car je le double en roulant à près de 37kms/h, ça veut donc dire qu’il doit être à 33 ou 34kms/h… en ne pédalant que sur 1 jambe ! Je ne manque pas de l’encourager et de le féliciter car je suis bluffé. J’ai du coup beaucoup moins envie de me plaindre et je poursuis mon effort pour boucler le 1er tour. J’aperçois enfin ma famille et mon fils Tom sur le bord de la route, ils m’encouragent chaudement et ça fait du bien. Je termine la 1ère boucle à 33.1kms/h de moyenne malgré les arrêts ravito et les pauses « naturelles » nécessaires. Pas mal donc !

J’entame le 2ème tour, je revois ma famille qui m’encourage encore une fois et il commence maintenant à faire vraiment chaud en plein soleil. Tout se passe bien et je garde un bon rythme. Par contre je double beaucoup moins de monde car les positions semblent figées, chacun est à sa place. Pas de souci particulier, les jambes sont là et je continue à surveiller mon cardio qui est toujours dans la zone visée à 130 pulsations/minutes. Je marque des pauses un peu + longues sur les 2 ravitos pour refaire le plein des bidons d’eau et de boissons iso. Je mange mes 4 barres énergétiques comme j’avais prévu et je suis bien. Je termine ces 180kms de vélo avec satisfaction car je n’ai pas eu de problème mécanique et j’ai toujours la forme. Temps total : 5h35 de vélo pour près de 32.3kms/h (pauses comprises). Pas mal du tout car je visais 5h45 en espérant les 5h30.

Vient donc la partie course à pied sur laquelle je m’apprête à souffrir. Même si cette dernière épreuve est sensée être mon point fort, je sais que je vais devoir luter pendant un looooog moment. Transition un peu longue car je préfère me changer totalement et être à l’aise pour la course à pied. Je fais une pause pour m’enduire de crème solaire car le soleil tape fort depuis un moment maintenant et je ne souhaite pas brûler. Mon père me demande comment je me sens et je le rassure rapidement d’un signe de tête. Il est 14h45 et il fait très chaud, il n’y a plus de nuage lorsque je boucle mon 1er kilomètre en 4’49’’. J’ai l’impression d’avoir de bonnes jambes mais je me décide à baisser le rythme car je sais que ça va être long. Le début de course est bon, un ravito se situe tous les 3 kms et j’ai pris la décision avant la course de toujours m’arrêter pour m’hydrater et reprendre des forces. Je me stabilise aux alentours de 5’10’’ au kilomètre et tout va bien. Le parcours est finalement moins facile que je pensais mais je boucle le 1er tour en un très beau 1h13 en doublant pas mal de monde. Du moins c’est l’impression que j’ai mais je ne sais pas trop où je me situe car il n’y a pas de signe distinctif du type bracelet pour savoir dans quel tour se situent les autres coureurs. Il y a aussi pas mal de triathlètes engagés sur le L que je reprends et qui semblent avoir le plus grand mal à terminer. Ça me donne une raison de plus pour surveiller mon allure et ne pas m’enflammer car je n’ai jamais couru plus de 30kms jusqu’à présent et je ne sais pas comment mon corps va réagir.

Le 2ème tour est beaucoup plus laborieux et je commence réellement à souffrir. Je suis désormais sur des allures proches de 5’50’’ et j’ai du mal à repartir après chaque pause ravitaillement. Mais je ne marche jamais en dehors des ravitos et je continue à doubler du monde, ça me rassure de voir que je ne suis pas le seul à souffrir. Mon allure de course me paraît très lente mais je n’ose pas aller plus vite car c’est encore long et je sens la fatigue. Je commence à ressentir quelques vertiges probablement liés à la chaleur qui s’abat sur nous. Je transpire énormément mais je m’hydrate bien et les jambes ne sont pas trop mal. Seuls ces vertiges m’inquiètent un peu. Mes parents sont sur le parcours avec mon fils qui m’accompagne quelques centaines de mètres en courant près de moi pour me soutenir. C’est tout bête mais ça me procure des pensées positives qui me font du bien et ça regonfle mon moral.

Fin du 2ème tour 1h22 cette fois. En fait je ne regarde plus beaucoup ma montre car je sais que mon cardio est stabilisé depuis le début aux alentours des 130 pulsations et ma vitesse m’importe peu. Je regarde simplement le temps sur chaque kilomètre pour constater que je n’arrive plus à repasser sous les 6’00’’ au kilomètre auxquelles il faut ajouter environ 1 minute de break sur chaque ravito. Bref, ça n’avance pas bien vite mais les kilomètres défilent et je me dis que je ne vais pas craquer à 10kms de la fin. Il fait maintenant moins chaud car de gros nuages sont apparus. Personnellement ça ne me dérange pas car la température baisse. Je retire ma casquette et mes lunettes pour entamer la dernière partie de course. Je ne reverrai plus ma famille avant la fin et je leur donne rendez-vous sur la ligne d’arrivée.

Je continue sur ce rythme qui me paraît très lent mais qui me permet de remonter encore quelques concurrents dont certains sont à la dérive et proches de l’abandon. J’entends le tonnerre qui résonne et le ciel est maintenant bien noir. Quelques grosses gouttes commencent à tomber pour annoncer l’arrivée d’un nouvel orage. C’est maintenant le déluge, il pleut tellement fort que les égouts sont saturés et les routes sont inondées. Certains passages sur des pavés sont dangereux car très glissants. La situation aurait pu paraître négative mais j’en rigole car je suis seulement à 5 ou 6kms de boucler mon premier IM et je ne vais pas craquer maintenant. Au contraire, l’atmosphère s’est rafraîchie et il fait même presque froid. Il pleut tellement fort que je suis entièrement rincé avec d’abord de la sueur qui coule sur mon visage, puis la crème solaire ! Pas très agréable comme sensations mais je sais que je vais y arriver et je commence à en profiter. Une douce euphorie me gagne et je retrouve des ressources inespérées pour courir maintenant sur des allures inférieures à 5’30’’. Autant dire qu’à cette vitesse, je double beaucoup de monde et je zappe le dernier ravito car je suis en pleine forme. Je vais même réussir le dernier kilomètre en 4’52’’ en ralentissant sur les 200 derniers mètres pour profiter de l’ambiance. Je plane littéralement, tous les spectateurs qui s’abritent au village des exposants m’applaudissent et me félicitent. J’entre enfin dans le palais des sports lorsque j’aperçois mon fils qui m’attend pour partager la ligne d’arrivée avec moi. Le moment tant attendu arrive enfin et j’aurais aimé que cette ligne droite fasse 500 mètres supplémentaires tellement les sensations sont fortes. Difficiles d’expliquer ce bonheur que j’avais déjà connu lors de mon premier triathlon à l’Alpe d’Huez en 2016 avec la ligne d’arrivée franchie avec mes enfants. Je plane, tout simplement, et je profite de chaque instant.

C’est fait, je viens de boucler mon premier IM en 11h31’01’’. Mes parents me rejoignent pour me féliciter et pour prendre quelques photos. Je suis fatigué bien sûr, mais je suis bien et je n’ai pas de douleur particulière. Suivent un bon massage et quelques soins au niveau du pied droit avant le ravito final avec mon fils. Je récupère mes affaires en me demandant ce que P’tit Nico a pu faire. Je suis un peu inquiet car mes parents m’ont dit qu’ils n’avaient vu personne sur la course à pied. J’imagine qu’il a abandonné… mais j’apprendrai en rentrant à la location qu’il était toujours en cours et qu’il finira par boucler sa course en 15h37. Bravo à lui pour son courage et sa détermination !

Une courte nuit de sommeil m’attend avant de reprendre la route le lundi matin pour une dure semaine de boulot avec 4 jours de formations sur Paris. Mais peu importe, mon week-end IM avec Tom fut génial et je sais que je repars avec des souvenirs plein la tête. Quel plaisir de faire du sport pour partager ces moments et ces émotions, tout simplement !

Un grand merci à l’organisation pour cette belle réussite car pour une première organisation, vous nous avez gâtés ! Merci également à tous les bénévoles présents du début à la fin malgré une météo difficile. Vos encouragements et votre énergie m’ont porté tout au long de la journée. Et enfin merci à ma famille qui me soutient à chaque instant et plus particulièrement mon fils et premier supporter qui m’accompagne avec passion sur toutes les épreuves.

Et maintenant, cap sur Embrun pour le prochain défi qui m’attend cet été !!!

You have no rights to post comments