Réveil à l’aube ce dimanche 9 septembre 2018 pour pouvoir prendre le temps de me préparer sans courir, de m’alimenter convenablement … et de revérifier une énième fois tout mon matériel avant de me mettre en route vers la base de loisirs de Bois-le-Roi, soit sensiblement une heure et quart de trajet depuis chez moi un dimanche matin. Malgré tout, le temps de me garer, de sortir tout le matériel et de parcourir à pied les dernières centaines de mètres jusqu’à l’aire de transition où déposer mon vélo et le reste, je m’aperçois que j’arrive peu avant la fermeture du parc à vélos … et surtout une fois sur place que j’ai réussi à oublier mon bidon dans ma voiture ! Après un temps d’hésitation, je me rends à l’évidence : pas le choix, je dois dépenser un peu d’énergie pour retourner vite fait jusqu’au parking. Mieux vaut risquer de manquer deux minutes de briefing que de rouler près de quatre-vingt-dix kilomètres sans boisson ! Les juges se montrent très cléments et je n’ai même pas à négocier pour aller poser le fameux bidon sur mon vélo … avant de m’empresser de rejoindre la plage où le briefing commence effectivement.

Il fait plutôt doux ce matin, avec un soleil enthousiasmant mais j’apprends qu’à l’ouverture à 6h30 la température ne dépassait pas 6 degrés. L’eau, quant à elle, est annoncée à 19 – ni trop, ni trop peu.
Rappel des principales consignes et léger échauffement sur la plage avant un resserrement au bord de l’eau synonyme de départ imminent. Je me concentre donc et entrevois en regardant au loin une source de problème : la première bouée est droit devant nous à moins de 200 mètres ; nous sommes plus de quatre cents sur le point de s’élancer. Une certitude : ça va être la foire d’empoigne !

Comme d’habitude, je prends le parti de laisser partir devant ceux pour qui une poignée de secondes peut tout changer. Hélas, avec la densité dans cette première ligne droite c’est un choix qui se paye cher avec exactement ce que je redoutais : une dizaine de secondes de sur-place à la première bouée. Heureusement, après cet embouteillage passager, la colonne s’étire et il m’est rapidement possible de nager dans mon allure. Je m’efforce de rester concentré su mon cap car lors de mon précédent triathlon j’ai perdu un temps incroyable à zigzaguer. Bien que je sois parti sur une respiration tous les deux temps et que je ne puisse voir par conséquent qu’un côté du paysage, je reste aux aguets et n’hésite pas à sacrifier quelques secondes en sortant la tête de l’eau pour regarder en avant. Je considère cela comme un investissement qui m’évitera de revivre la même situation qu’il y a quelques mois. La stratégie semble payante puisque j’ai le sentiment de progresser dans mon allure et que je ne vois pas trop de concurrents me dépasser.

Cette épreuve a la particularité de proposer une sortie à l’australienne : un petit tour de bouée à pied sur la plage entre les deux boucles de natation. Concrètement, cela demande un peu d’énergie supplémentaire mais cela casse la monotonie de la nage et permet un petit temps d’animation sous les encouragements du public. C’est aussi l’occasion d’un coup d’œil furtif sur ma montre qui me confirme ma première impression : avec un chrono de sensiblement 20 minutes, je suis dans les temps ! Deuxième boucle donc …
Je me dis que l’eau de ce lac est très propre et qu’à l’inverse de ce qu’on peut vivre dans d’autres triathlon, il est agréable d’y nager. Je m’efforce de me concentrer sur mes mouvements et ma respiration pour conserver une allure convenable jusqu’au bout. La perception de la plage en fin de boucle me motive et me permets de poser pied sur la plage à 40 minutes quelque chose …

Content d’avoir gagné presque quatre minutes sur la distance par rapport à ma dernière expérience, je me dirige d’un bon pas vers l’aire de transition (hum … ça monte). Objectif : être méthodique, ne rien oublier, démarrer le vélo calmement sans prendre de risque inconsidéré … je me répète mentalement tous ces points et enfourche ma monture un peu après la ligne prévue pour cela.
Au départ, une grande prudence s’impose car les abords de la base de loisir sont jonchés de sable. Avant de se retrouver sur le parcours sur lequel nous bouclerons deux fois, petit prologue sur une route goudronnée dans les bois, histoire de se mettre en jambes.

Au kilomètre 10 nous entrons dans le vif du sujet : une fois franchi le pont au-dessus de la Seine à Fontaine-le-Port, une petite traversée en ville donne rapidement le ton avec une des deux grosses difficultés du parcours : une courte mais très raide montée qui m’oblige déjà à puiser dans mes ressources. Heureusement, les encouragements du public et la possibilité de fixer mon regard sur le coureur de devant m’aident à éviter la honte de mettre déjà pied à terre !

Passée cette bosse, chacun peut y aller franchement. Malgré l’interdiction habituelle de rouler dans le sillage d’un autre, je me surprends à des allures auxquelles je ne suis pas très habitué. Ne surtout pas s’emballer, garder la tête froide et conserver des ressources : je le sais depuis quelques mois, pour moi un triathlon distance L reste une épreuve très longue … surtout la partie vélo qui constitue assurément mon point faible.

Être monté sérieusement en début de boucle donne la satisfaction de rencontrer ensuite quelques belles descentes sur lesquelles se faire plaisir. Mais là encore, la prudence s’impose, comme à cette épingle en forêt en pleine descente … et à gauche, de surcroît ! Je franchis ce cap quasiment au pas.

Après la seconde bosse qui fait mal – et qui s’étire sur une distance plus longue – parcours assez roulant dans un environnement à majorité de sous-bois ou forêt … jusqu’au kilomètre 32 où l’ambiance change du tout au tout : nous commençons sur la D210 une longue longue ligne droite apparemment sans aucun relief, le tout sous un soleil dont les rayons se montrent de plus en plus agressifs. Seule distraction sur cette autoroute de la monotonie : des bikers nous dépassent allègrement sur leur chopper en écoutant de la « country ». Ils doivent bien se demander qui sont ces fous égrenés sur la route sur des véhicules à propulsion humaine et qu’ils doublent tour à tour.
Heureusement, la fin de la boucle nous permet de renouer avec une atmosphère plus humaine en serpentant à travers plusieurs communes avant de rejoindre la route des bords de Seine à Héricy.

Et c’est reparti pour un tour ! Après être passés sous les voies de chemin de fer et avoir entrepris un petit parcours en ville, retrouvailles avec le raidillon de la sortie de Fontaine-le-Port. Avec cette fois-ci près de 50 km dans les jambes, nous semblons tous en difficulté dans cette montée incontestablement violente. Je change de plateau et continue de descendre les vitesses une à une … jusqu’à la dernière (ce que je n’aime pas et ne m’autorise que rarement) : cette fois-ci, plus aucun recours possible … si ce n’est zigzaguer pour ne pas monter face à la ligne de plus forte pente !

Même profil sur ce second tour avec un précieux moment offert aux coureurs pour souffler et foncer dans quelques descentes vertigineuses … que j’aborde avec prudence : j’ai besoin de tout sauf d’une chute !

Sachant désormais exactement ce qui m’attend, l’interminable ligne droite de plus de 4 km sur la D210 constitue mentalement une épreuve plus difficile que ne l’a été la montée de Fontaine-le-Port pour mes jambes ! C’est juste dur, long et chaud … et en plus il y a un peu de circulation (sans que cela constitue un réel danger). Les possesseurs de vélos de tri profilés comme une aile d’avion doivent se faire plaisir mais moi, avec ma très modeste monture, peu d’espoir que je tire profit de cette partie du circuit.

Enfin, nous revoilà sur la partie un peu plus sinueuse et agréable également synonyme de fin de la boucle ; ça commence à sentir l’écurie ! J’ai la bonne surprise de constater que je n’ai pas trop réduit mon allure par rapport à la boucle précédente. Je ne me sens pas non plus à plat. Mieux, je reviens sur quelques concurrents. Avec l’un d’eux, nous échangeons plusieurs fois nos places … et c’est lui qui aura le dernier mot sur le vélo, aux alentours du pont que nous franchissons dans l’autre sens pour regagner la base de loisirs. La fin est proche mais les ultimes kilomètres jusqu’au parc à vélo me semblent très longs.

Une autre particularité de l’épreuve : physiquement une unique aire pour les transitions, la première comme la seconde … ce qui a simplifié pour tous la préparation du matériel.
Je dépose prudemment mon vélo après environ 3h15 passées dessus. Ce n’est pas le temps de mes rêves mais c’est pour moi déjà un progrès ! J’enfile chaussettes et chaussures. Côté jambes, ce n’est tout de même pas la joie après 88 km de vélo. Je comprends vite que je vais avoir besoin d’une stratégie construite pour terminer dans de bonnes conditions.

Les tables de ravitaillement sur le parcours de la course à pied sont impressionnantes autant par la quantité que par la variété de ce qui y est proposé. Les organisateurs n’ont pas fait les choses à moitié et se sont montrés généreux. À la première table, peu après le début du parcours, je suis obligé de me raisonner pour ne pas prendre n’importe quoi. Après quatre heures d’épreuve je me dis que notre discipline porte mal son nom et qu’elle devrait plus s’appeler « tétrathlon » car arrivé à ce stade, la nutrition va s’avérer décisive pour la suite des événements. Et à 13h, en ce dimanche il fait désormais très chaud. L’hydratation sera elle aussi capitale !

Comme à l’accoutumée, les premiers kilomètres de course à pied d’un triathlon constituent pour moi un véritable calvaire. J’imagine que j’ai une démarche de cyborg. J’avance modestement à petite allure avec pour seul objectif de ne pas m’arrêter. Pour m’aider dans cette lutte contre moi-même, je cale ma foulée sur celle d’une concurrente que j’aperçois à quelques distances devant moi. Étiquetée « Ironman » (ce qui me met en confiance) je me fixe pour objectif de ne pas la perdre de vue et même de m’en rapprocher. Mais je sens bien vite que mes réserves sont plus entamées que ce que j’avais imaginé dans un premier temps et qu’il y a peu de chances pour que je mène ce semi-marathon dans des conditions satisfaisantes. J’ai alors l’idée de ne pas considérer cette distance comme une unique épreuve mais comme six petites courses où je m’autoriserai une brève halte à chaque table de ravitaillement.
… et cela fonctionne ! À chaque arrêt, je parviens à me discipliner pour ne pas laisser disparaître complètement mon lièvre.

Je m’accommode tant bien que mal du sable omniprésent – nous sommes dans la région de Fontainebleau – mais la chaleur se fait de plus en plus pesante. Pour me prémunir contre une éventuelle pénurie de gobelets, je n’hésite pas à courir avec un verre en plastique vide … ce qui s’avérera utile. À l’approche de la fin de chaque tour, les encouragements de la foule massée sur les bords du chemin font chaud au cœur et donnent un regain d’énergie fort appréciable. Car à ce stade, pour tous ceux qui sont encore en course comme moi, c’est vraiment dur. J’entends un concurrent dire à sa famille qu’il veut arrêter et tout le soutien de ses enfants sera nécessaire pour le maintenir en piste ! De mon côté, j’ai dépassé le concurrent avec qui je m’étais disputé plusieurs fois une place à vélo.

Je m’aperçois que malgré mon impression d’avancer tout doucement, je dépasse un nombre incalculable de coureurs. Et si j’apprendrai à la lecture des résultats que je me suis simplement dédoublé de nombreux concurrents ayant une boucle d’avance sur moi et voulant terminer tranquilles (peut-être après avoir trop tapé dans leurs réserves en vélo ?) j’aurai quand même regagné 53 places sur la course à pied. Les fins de marathon difficiles que j’ai pu connaître dans le passé m’auront au moins enseigné une bonne gestion de l’effort en situation extrême.

Mon lièvre m’ayant quitté après deux boucles, je me trouve seul avec moi-même sur la toute dernière. À peu près bien hydraté tout le long de la course à pied et surtout motivé par la perspective de l’arrivée, je trouve la force de me hisser jusqu’à l’arrivée à une allure convenable. Hélas, un peu hébété sur la fin, j’interprète mal les consignes d’orientation des juges à l’approche de la zone d’arrivée, ce qui me vaudra un détour de quelques secondes m’empêchant de passer sous la barre des deux heures. Peu importe, par rapport à mon premier triathlon L trois mois auparavant, j’ai gagné plus de quarante minutes. Je suis donc plus que satisfait !

À l’arrivée, dotation minimale – une belle médaille souvenir – puisque le reste avait été donné au moment du retrait du dossard, avec notamment une serviette en microfibre sympa, changeant du sempiternel T-shirt.

La zone de récupération me semble agréable et surtout, le buffet est au moins aussi impressionnant que les tables de ravitaillement avec aussi bien du sucré que du salé et une gamme de boissons s’étalant entre la bière sans alcool et les anti-oxydants !

Dans ce cadre sympathique, j’échange quelques mots avec les concurrents qui ont rythmé mon épreuve … notamment avec la personne sur laquelle j’ai calé ma foulée pendant la course à pied et qui a affiché une régularité métronomique (n’est pas Ironman qui veut !).

Mais le meilleur reste à venir : comme d’autres candidats, je réalise que nous avons nagé ce matin dans le plan d’eau d’une base de loisirs … désormais ouverte au public qui ne s’est pas laissé prier pour en envahir la plage en cette magnifique après-midi de septembre. Nous sommes nombreux à adopter le même raisonnement et à profiter d’un instant pour nous délasser et laisser derrière nous les tensions inhérentes à la course. Cette baignade estivale sous le soleil et dans l’eau à 20 degrés est purement paradisiaque ! Elle m’aide à prendre conscience de la qualité du site d’accueil sélectionné par les organisateurs.

En conclusion, une bien belle épreuve. De beaux paysages à deux pas de Paris, une organisation minutieuse et attentionnée ainsi qu’un peloton sympathique et animé d’un bon esprit. Je ne manquerai pas de recommander ce triathlon aux quelques triathlètes de mon entourage.

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