Préambule :

Le plaisir vient avec la souffrance… ou bien est-ce plutôt l’inverse ?
De la souffrance il y en a eu ce dimanche. A vélo, dans les bosses, sur le plat, quand il fallait écraser les pédales pour essayer de creuser l’écart, que les cuisses brûlent dès le pied de l’ascension. A pied, quand il fallait monter le Mont National, à chaque boucle, en plein soleil et que tous les muscles crampes à chaque foulée alors que tu peines à courir à 12kmh. Mais du plaisir, il y en eu aussi. Dès que je tournais la tête à vélo, pour regarder la montagne, ces paysages, dès que j’entendais les encouragements à pied, que je pouvais admirer la vue au détour d’un virage ou bombarder sur le plat ou encore enfiler les virages en descente. Du plaisir… dans l’effort, tout au long de l’épreuve. Même la natation a été agréable… Il y a des jours comme ça, ou tout se passe bien. Il y en a ou tout se passe mal. Tu ne sais pas trop pourquoi, mais quand ça se passe bien il faut savoir profiter de chaque instant.

Cet avec un goût d’inachevé que je revenais à Obernai. En effet j’avais dû abandonner l’année dernière suite à une erreur d’aiguillage sur le parcours vélo alors que j’étais dans le match pour la victoire avec Gary Reynaud. Je remercie sincèrement l’organisation de m’avoir invité à revenir pour essayer de faire mieux !
Le triathlon L d’Obernai c’est le 5ème et dernier week-end d’une série de 5 courses. 3 Half Ironman et 2 formats Distance Olympique. Le bilan est bon jusqu’à maintenant, 4 podiums, dont 1 victoire. Mais je cours toujours après la course « complète ». Celle où tu sens qu’une fois la ligne d’arrivée, tu as tout donné, et que tu as fait ta meilleure course possible, celle à ton niveau, ou tu vois que le temps passé à l’entrainement a payé. Ce n’est pas forcément synonyme de victoire. Juste un sentiment d’accomplissement personnel. Se dire « Je ne pouvais pas faire mieux aujourd’hui, je suis à ma place ».
J’abordais cette course avec pas mal de fatigue. Non pas liée à l’entrainement, mais liée au travail, presque aucune séance de sport de la semaine, et des horaires à rallonge au travail. Il ne faut pas oublier que le triathlon reste un loisir. La séance de Home trainer passe après les fichier Excel et les slides Powerpoint. Néanmoins, j’étais frais physiquement, ce qui n’étais pas le cas le week-end précédent. La forme du dimanche allait donc être une surprise.
Un petit problème logistique a contraint tout mon matériel de course, roues, casque, chaussures, trifonction, et combinaison, à rester à Nice. C’était donc la chasse au matos en fin de semaine pour s’équiper et faire la course dans de bonnes conditions. Merci à Manu pour sa roue lenticulaire et Fab pour sa roue avant. Cette course elle a été réussi grâce à vous !

La veille de course est rarement intéressante, mais cette fois-ci le petit tour de vélo habituel pour tourner les jambes a eu toute son importance. Premièrement il m’a permis de tester mes jambes après une semaine « Off ». S’ensuit un nouveau record perso de 12’30 à 385W. A priori « j’ai la canne » comme on dit. Le deuxième point est moins sympa. Double crevaison dans la descente du mont Saint Odile (ouf pas de chute). Après petite investigation le pneu était mort… Mieux vaut s’en apercevoir la veille que le jour de la course. On a gagné un petit aller retour au Décat de Strasbourg à 18h le samedi soir. Zéro pression !!!!

Jour de course.

Comme on pouvait s’y attendre, l’organisation annonce que la natation se fera sans combinaison, la température de l’eau étant mesurée à 24,2°C, au-dessus des 24°C réglementaire. Ca ne m’avantage pas mais c’est pareil pour tout le monde. Et puis ça change. Ce n’est que ma deuxième nat sans combi en près de 30 triathlons. J’aperçois dans le parc Guillaume Crozet, je sais que c’est un bon nageur, mais aussi un excellent cycliste et coureur. Il n’était pas annoncé parmi les favoris. Je vais sortir de l’eau avec pas mal de retard sur lui. 
9h15 top départ. 3 boucles de 700m de natation, pas de bagarre au départ, je pars fort, je vois Guillaume à ma droite qui passe la première bouée avec 2 secondes d’avance. Je n’arriverai jamais à boucher le trou et ces 2 secondes se transformeront en 2’30 à la fin de la natation… Je me suis bien endormi sur le dernier tour. Je sors de l’eau en seconde position. Je sais que je n’ai pas fait une natation exceptionnelle, mais étant 2ème je m’estime heureux, les autres favoris sont tous derrière. 
Transition rapide (pour une fois). 
C’est parti pour une belle partie de manivellse dans un parcours de rêve. 82km, 1600m de dénivelé positif, un point culminant à 1100m d’altitude. Du bonheur pour un grimpeur… grimpeur que je ne suis pas. La lenticulaire en roue arrière n’était surement pas la plus adaptée. Mais c’est un petit « kiff » d’entendre le bruit qu’elle fait quand on roule. Le sport c’est de la perf, mais c’est avant tout du plaisir. Pour les connaisseurs, le parcours vélo présente le même ratio D+ / km que l’Embrunman. Ca pique un peu. 
J’avais pour objectif de partir vite, non seulement pour créer le trou derrière mais aussi pour revenir sur Guillaume le plus vite possible si possible avant la première ascension. C’est chose faite au bout de 35’ ou je rentre sur lui. Je ne prends pas le temps de temporiser et attaque la bosse à fond. 8’ à 375W suffiront pour faire le trou. Les jambes répondent bien, j’alterne position assise et danseuse, je sens que j’ai de la force, ça fait plaisir. Je suis donc en tête de la course. 
Je ne prends aucun risque en descente, je roule avec des roues que je ne connais pas et essayer de gagner 10 secondes au risque de tout perdre ne me branche pas. Les cuisses couinent à chaque coup de pédale lorsque la route s’élève, mais le décor est tellement beau qu’on en oublie la douleur. Pas un bruit, pas une voiture ni un vélo, seul dans mon effort, un moment un peu égoiste où on se fait mal mais un moment qu’on apprécie.
Les kilomètres défilent vites, je prends soin de bien m’alimenter avec ma boisson Maurten Drink. Je ne prends que ça en course maintenant à cause de mes problèmes de ventre. Plus de gel ni de barre. Tout passe par cette boisson et je n’ai plus de problème. J’essaye de beaucoup boire en prévision de la course à pied qui s’annonce caniculaire.

La beauté du parcours en fait oublier l’effort. C’est marrant parce que ce n’était pas le cas le week-end dernier alors que les paysages dans l’Esterel sont tout aussi magnifiques, différents mais magnifiques. Ici il n’y a pas de peur de se faire frôler par une voiture, de devoir esquiver 10 nids de poule. On peut juste se concentrer sur son effort, et en tournant légèrement la tête en prendre plein les yeux le temps d’une seconde et oublier que l’on est en course, à 360W, avec un filet de bave qui coule de la bouche, et la sueur qui dégoulinent dans les yeux.

La fin du parcours s’effectue sans encombre, les jambes répondent toujours bien. Et je rentre à T2 en tête en étant encore à peu près frais.

Pour les amateurs de chiffres, 316W NP pour 303W AP (dont 1H40 à 320W et 25’ à 355W), 34,2 kmh de moyenne 82km et 1600m de D+.

Le parcours à pied est à l’image du parcours vélo. Tout sauf plat. 19km, 3 boucles et 300m de D+, tout en petit chemin au milieu des vignes, en plein soleil. 
Le premier tour est compliqué, on attaque direct par l’ascension du Mont National. Les mollets crient déjà au secours. La foulée est lourde, le rythme mou. Je découvre le parcours au fur et à mesure des kilomètres. Plus ça avance plus c’est dur. A chaque ravitaillement je m’arrête, je bois un verre d’eau, et je m’asperge, 30 degrés, à l’ombre, sans ombre, ça tape. Je cours en essayant de gérer mon effort, pour ne surtout pas exploser en plein vol avec la chaleur. 
Je cours aux sensations, pas de montre gps. Juste un simple chrono pour prendre mon temps à chaque tour. Vu le dénivelé la vitesse ne veut pas dire grand-chose sur ce parcours, seule l’intensité mise dans l’effort sera synonyme de course réussie. 

cap

Je termine la première boucle en 25’. Ma connaissance de la table de multiplication de 3 me permet de dire que si je maintiens ce rythme, ce que je pense pouvoir faire, je devrais courir 1h15. Je sais que les meilleurs chronos de l’an passé sont en 1h18 et le record vers 1h14. C’est qu’à priori je ne suis pas si mal si je suis sur les basses de 1h15. A l’attaque de la seconde boucle je croise le 2ème homme de la course, Thomas Bosch. Il est à 3’20. C’est peu et beaucoup en même temps. Je ne peux pas relacher mon effort, il faut continuer à mettre la pression. Les jambes se délient petit à petit. La foulée est plus légère, les mollets ne tirent plus. Je trouve même du plaisir à « me la coller » dans la bosse en grimpant. Contrairement à d’habitude je ne suis pas à regarder ma montre toutes les 10 secondes, j’apprécie chaque instant et je suis concentré sur mon effort. C’est peut-être ça la clé du succès, savoir se déconnecter de la technologie quand il le faut, juste s’écouter et faire confiance à son corps. Le deuxième tour est bouclé dans le même temps que le premier à 5 secondes près. Un métronome pour une fois, je ne craque pas. Je recroise Thomas, l’écart à augmenter à 4’20. Je sais que si je ne fais pas de grosses bétises j’ai course gagnée. Mais je n’ai pas envie de relacher mon effort pour autant, je maintiens mon rythme tout le troisième tour, plus de pression, je cours avec la banane. Je termine ce parcours à pied en 1h15’30, 25’10/25’05/25’15. Je suis content. Juste content. Content de cette journée, du travail bien fait, d’avoir tout donné, partagé, profité et admiré.

arrivee

Sitôt la ligne franchie direction le contrôle anti-dopage. Le 3ème en 5 semaines. C’est peut-être le fruit du hasard, mais si c’est une tendance générale vers plus de contrôle sur toutes les courses c’est une très bonne nouvelle pour notre sport !

Le triathlon d’Obernai est une très belle épreuve, mon deuxième parcours vélo préféré après Gérardmer. Une chose est sure, je reviendrai en 2019.

A l’année prochaine et encore merci !!!

Commentaires   

# David LHERBIER 07-06-2018 15:17
Super CR avec une belle victoire.

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