Je suis un (presque) Ironman


Retour sur une journée riche en émotions. Tout commence quand le réveil sonne à
3h15 du matin! Ça pique un peu mais qu’importe, le petit déj’ est vite avalé, les affaires sont
dans la voiture, et direction Saint-Malo. Sur la route, le brouillard est bien présent, mais je
n’y fais pas plus attention que ça, je suis déjà un peu dans ma bulle, dans ma course.
A l’arrivé dans la cité corsaire, tout se passe comme prévu, je rentre dans le parc de
transition, je prépare mes affaires sur mon vélo, dans mes sacs de transitions, derniers
préparatifs. A aucun moment je n’ai pensé que le brouillard qui enveloppe les remparts
puisse venir perturber le déroulement de cette journée. Alors quand Sandra me dit qu’elle a
entendu un arbitre dire à un autre participant que la natation risquait d’être annulée, je
tombe de haut. Ça ne m’avait même pas effleuré l’esprit, j’étais tellement formaté pour nager
dans cette eau froide que je n’imaginais absolument pas une autre alternative.
À 6h25 la décision est officielle, pas de natation. C’est la douche froide. Les larmes
me montent aux yeux. Rien que de l’écrire, ça me remonte le coeur. A ce moment je sais
qu’on vient de me voler une part de mon objectif sans que je ne puisse rien y faire.
Maintenant, quoi que je fasse, quoi qu’on me dise, je sais que je ne serai pas Ironman ce
soir.
Le départ sera donc donné en rolling start toutes les 10 secondes à partir de 7h20.
L’attente dans le parc est longue et laisse (trop) le temps de cogiter, de broyer du noir.
Quand vient mon tour, je pars, mais j’ai le cafard, je n’arrive pas à rentrer dans la course. Je
crois même que je pleure.
Au bout de quelques kilomètres, je vois ma famille qui est venue m’encourager. Ça
me remonte le moral, je ne dois pas les décevoir, alors je me remotive. J’essaye de
positiver, de me dire que cette brume donne un côté mystique à cette épreuve. Et c’est parti,
je décide de prendre les 3 boucles de vélo les unes après les autres sans penser à la suite.
Et c’est ce que je ferai pendant toute cette journée. Les 2 premiers tours se passent bien, je
contrôle mon allure en pensant à ne pas me mettre dans le rouge. Je surveille mon cardio.
Je pense à m’alimenter et m’hydrater régulièrement en suivant au mieux les conseils
d’Etienne. Etienne. Mon coach-kiné-préparateur mental. Je suis sûr qu’il ne s’est pas passé
une heure de cette longue journée sans que je ne pense à lui, à ses conseils, à sa façon de
voir ce genre d’épreuve, de positiver sur tout. Toutes les discussions que j’ai pu avoir avec
lui avant la course m’ont permis de surmonter les difficultés qui se sont présentées.
Retour sur la course. Le dernier tour de vélo est un peu plus dur, la lassitude et le
mal au cul sont là! De retour dans le parc de transition, je prend le temps de me changer
intégralement, car j’avais préféré rouler avec un vrai cuissard de vélo. Maintenant il est
temps de porter fièrement les couleurs du club. Alors vient le moment tant redouté du
marathon. Après quasiment un mois sans courir à cause d’une entorse récidiviste, j’avais de
l’appréhension. Et les premières foulées sont sans appel: ça va être plus que compliqué. J’ai
mal, j’ai une gêne, je ne pourrai jamais courir 42 kms dans ces conditions. Je ne me résigne
pas pour autant, je vais continuer un peu, peut-être qu’avec un peu de chance la douleur va
partir… Et c’est ce qui se passe. Après 2 kilomètres je ne sens plus de douleur à la cheville.
Je ne la ressentirai plus de toute la course, à part une petite frayeur, sur un court passage
pavé lorsque je me retors légèrement la cheville. Mais ça passe, alors je suis à nouveau
dans la course, et même stratégie que pour le vélo, j’ai 4 boucles de 10kms, je les prends
les unes après les autres en essayant de penser le moins possible à la suivante. Et çamarche plutôt bien sur les 2 premières boucles, je me freine à 6’ au kilomètres car mon
super coach m’avait bien dit qu’il fallait arriver frais au 2ème semi. Je n’ai pas revu mes
proches depuis la fin du vélo, et le temps commence à se faire long sans les voir, sans
savoir où ils sont et quand je vais les revoir. Est-ce au prochain virage, au prochain ravito, à
l’arrivée? Je ne pensais pas que cela serait aussi important pour moi d’avoir leurs
encouragements. C’est la première que j’en ressens autant le besoin sur une épreuve. Qui a
dit qu’on apprenait beaucoup sur nous-même dans des jours comme celui-ci? Je les
retrouve enfin. Je suis rassuré, et égoïstement je leur en veut d’avoir étés si longs. D’autant
que mes jambes commencent à m’abandonner également. Je ne me freine plus, je ne peux
juste plus aller plus vite. Je marche même. Et je recours, mais c’est dur. Et les phases de
marche sont de plus en plus longues. Les 2 derniers tours se font dans la douleur. Il fait
chaud, mes jambes me font mal, je traîne des pieds. J’ai également plus de mal à
m’alimenter et m’hydrater. Sur le dernier tour, il n’y a plus que l’eau qui passe.
Fin de dernière boucle. J’essaye de profiter. Je vois Intra-muros au loin, la lumière
est belle, les spectateurs m’encouragent, la ligne d’arrivée est là! La délivrance! Je reçois
mon t-shirt et ma médaille. Je me dirige vers le ravito accompagné de ma famille qui me
félicite et je craque. Je pleure encore. La fatigue, l’émotion, les nerfs lâchent, mais ça fait du
bien. Trop d’émotions accumulées.
Je pourrai indiquer ici mon temps final, mais il est pour moi anecdotique, d’ailleurs je
m’en rappelle pas précisément. Mon seul but était de finir, d’aller au bout, d’être un homme
de fer. Et si j’ai bien réussi à être finisher, pour ce qui est d’être Ironman, malheureusement
c’est raté. Malgré tout je suis content de ce que j’ai accompli, et peut-être qu’un jour, qui sait,
si je suis tiré au sort au Norseman, je pourrai retenter l’aventure. Plus sérieusement, à
l’heure actuelle, impossible de savoir si je serai capable de retrouver la motivation
nécessaire à la préparation d’une telle épreuve. Mais la saison n’est pas terminée, il me
reste quelques épreuves, et je compte bien faire tout mon possible pour les courir dans de
bonnes conditions. Et puis il y a le challenge du club aussi…
Concernant la récupération, j’ai repris le travail dès le lundi, et je ne sais pas si c’était
pas ça le plus dur finalement!!! Monter et descendre les échelles avec 2 poteaux en béton
armé à la place des jambes, c’est du sport aussi! Heureusement je peux recommencer à
boire des bières au resto le midi!
Il est important pour moi de terminer ce récit par des remerciements. D’abord à
l’organisation du XXL Corsaire. Même si l’annulation de la natation a été un coup dur, je
comprends les organisateurs et ne leur en tient pas du tout rigueur. C’est le risque des
sports de plein air, et la sécurité prime sur le reste. Tout à été au top, les bénévoles, la sécu,
le parcours, franchement rien à redire. Les spectateurs aussi, qui nous encouragent et nous
font nous sentir exceptionnels. Merci également au Brocéliande Triathlon et tous ses
membres pour tous les messages de soutien et de félicitations, vous êtes tous géniaux.
Encore une fois je remercie Etienne, mon mentor, mais plus que ça, mon pote, qui croit en
moi plus que moi-même, qui sait toujours trouver quoi me dire pour me rassurer, me motiver.
Un immense big up!!!
Et enfin ma famille. Forcément. Sans eux je n’aurais pas pu le faire. Ils m’ont toujours
soutenu, encouragé, compris, et même bien plus. Mille merci à eux.